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Toujours un bonheur de retrouver le style - sobre mais efficace  - et le ton - douce petite "morale" ironique - du gars Arnaud des Pallières. Aucune voix off cette fois-ci, juste des cartons racontant l'Histoire, des petites histoires, des petits morceaux d'Amérique entrecoupés d'images vintage : coupages d'arbres (j'en ai compté 362 mais j'ai pu me louper), images de notre bonne vieille terre vue de stations spatiales (toujours plus loin, toujours plus haut, glorieuses US), indiens à la plume branlante, ricains souriant coulant une dalle de béton et jouissant d'avance à l’usage de sa belle piscine blanche, etc... Il y a aussi bien sûr, comme dans l'extraordinaire Disneyland, ce fabuleux travail sur la bande sonore, ce  jeu de cordes, de bruits sourds, de sonorités inquiétantes qui donne une atmosphère trouble et troublante à la chose. Gloire à l'Amérique, à ce pays de la libre entreprise, ce plus grand pays de l'Histoire, cette sublime nation née sur des massacres... Passer d'une civilisation sereine et libre, vivant en parfait accord avec la nature, à cette civilisation si développée technologiquement, capable de tout détruire (arbres, arbres et arbres), de tout écraser sur son passage (indiens, indiens et ces autres minorités qui vivaient tout nus comme des cons, sans armes), quel progrès mes amis, quelle fierté pour cette patrie arborant si glorieusement ses couleurs. Des Pallières a soigneusement sélectionné, comme d'autres des grains de café, diverses petites anecdotes perso ou non, des faits-divers, des discussions entendues ici ou là, forcément pleines de bons sens (la place de la femme est au foyer, ça ne se discute point - même si parfois, avouons-le en ce premier Mai, les Femens peuvent être bien inspirées - mais retournent automatiquement, manu militari connasses, à leur place : Douce France, euh........), des bribes de rêves (la touchante histoire de son père et de sa maison rose), des histoires américaines en deux mots qui ne font pas toujours franchement sourire.

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Quelle belle idée, pleine d'humanisme et de grandeur, que celle de donner des couvertures infestées par la variole à ces couillons d'indiens ! Quel idéal que celui de construire, brique par brique, dalle par dalle, sa propre maison, sa propre prison - un homme reste plus attaché à une piscine construite de ses propres mains qu'à sa femme et ses amis, croyez-le ou non ! Quel beau cadeau de Noël qu'un divorce, dommage qu'il soit si coûteux et dépasse le budget prévu pour les fêtes de fin d’année ! De l'arrivée de Christophe Colomb en Amérique (une découverte sous le symbole de la double tromperie : celle envers ses propres hommes et celle envers ses indiens apportant des cadeaux de bienvenue - ces abrutis, toujours prêts à partager avec la terre entière ce qu'ils "possèdent", comme si l'idée même de possession leur était inconnue) à notre fabuleux monde moderne (l'anecdote simplissime et terrible de cette oraison funèbre sur ce jeune homme mort à 22 ans et dont on se souviendra, uniquement, qu'il fut... footballeur) en passant par l'extraordinaire histoire de ce petit homme blanc qui se prend facilement pour un géant, ces poussières d'Amérique finissent par faire un tantinet picoter les yeux de tristesse. Posséder ("L'Indien appartient à la terre"... quand la terre appartient à l'homme blanc - si l'envie nous venait de compléter l'adage), gagner, vaincre (des sauvages à la lune (en passant par les arbres, mais je crois que j'en ai déjà parlé), rien ne leur échappe), les mots-clés de cette Amérique on the top of the world. La suprématie américaine contée en de simples mots, illustrée comme une fable d'un autre temps - ces temps anciens, enfouis, perdus où ces hommes, ces chevaux, ces séquoias vivaient ensemble, paisiblement, dans une sorte de pacte respectif de non-agression. Des Pallières n'ose prononcer un mot plus haut que l'autre, appelant tout de même, en creux, au détour d’un haut-le-cœur, les cochons à se révolter (trop bon, le cochon, trop...). Un documentaire moins cinglant que celui sur le doux monde de Disney mais qui possède également son propre pouvoir d'envoutement (d’ailleurs si je hurle "timber !" cette nuit, ne vous inquiétez point). Un bon doc ? Demandez à des Pallières, comme disait Fante.

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