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Entre nanars et trahisons, l'histoire des adaptations d'Astérix au ciné est jonchée de cadavres. C'est donc une bonne nouvelle de voir Astier trouver le ton juste entre respect de la tradition et libertés contemporaines, dans le scénario en tout cas. Son film, réalisé en fait plus par Louis Clichy que par lui, est rempli de défauts, on ne fait que sourire gentiment à la chose, mais force est de reconnaître qu'il parvient plus souvent qu'à son tour à toucher du doigt l'esprit des albums, cet humour bon-enfant et familial qu'on aimait dans la BD. Le choix d'adapter un des albums les plus sombres de la saga est judicieux : il permet au film de proposer des changements d'atmosphère bienvenus, et même de s'approcher d'une certaine terreur à certains moments (des terreurs enfantines, comme la peur de la solitude, de l'exclusion). Coloré et rythmé, Le Domaine des Dieux sait quand il le faut prendre son temps, appuyer sur des atmosphères presque fantastiques, ne pas être qu'une grosse farce poilante, on lui en sait gré ; on connaît le ton finalement assez dépressif d'Alexandre Astier, sa transposition dans l'univers de Goscinny et Uderzo est judicieuse.

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Astier s'en tire bien, mais Clichy beaucoup moins, cela dit. Si le scénario et la direction d'acteurs sont marrants, si le film est rempli de petites répliques drolatiques et de clins d'oeil finauds, l'animation et la mise en scène sont franchement peu convaincantes. La faute à cette sorte de lissage des dessins qui rend tout propre, hygiénique : la forêt, le village des Gaulois, les intérieurs sont beaucoup trop lisses pour être crédibles, d'autant que l'histoire veut opposer deux mondes : l'un, bruyant, paillard et crasseux du village d'Astérix, avec ses crétins batailleurs, son poisson pas frais et ses physiques hétéroclites, face à l'autre, celui des Romains, carré, scientifique, pur et aryen. Césart décide, pour chasser les derniers résistants gaulois, de construire une cité de rêve qui encercle leur village, détruisant leur forêt, faisant fuir le sanglier, instaurant le capitalisme sauvage comme mode de vie, et minant l'esprit gaulois en même temps que la cohésion du village. Il aurait été intéressant de "salir" le monde d'Astérix, pour rendre ça plus efficace. Clichy affadit tout, très loin de l'esprit artisanal et crayonné des albums, et les amoureux du trait de jadis se désoleront devant ce photoshopage mièvre de leurs héros. Excessif dans sa dernière bobine (cette fatigante soif de surenchère), le film se perd dans une sorte de mélange entre comics (Obélix en surhomme capable de courir à la verticale) et film pour enfants.

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C'est encore une fois vers Astier qu'il faudra se tourner pour trouver de la poésie dans cet univers graphique assez grossier. Dans ses petites phrases pleines de poésie, dans la finesse de ses détails d'écriture, dans les voix qu'il travaille avec beaucoup d'humour (Elie Seimoun m'a fait bien marrer, ainsi que Lorant Deutsch, je ne pensais pas écrire ça un jour), dans la modestie de ses effets. On dirait que les deux réalisateurs se battent l'un contre l'autre, l'un pour amener subtilité et poésie, l'autre pour faire un produit efficace et normé. Il en résulte un film bancal, attachant d'un côté, trop "gros" de l'autre, fin d'un côté, grossier de l'autre. Hétérogénéité qui empêche de vraiment trouver ça bon, même si, redisons le, on passe de temps en temps par de très jolis moments.