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Premier long réalisé par le compère qui m'avait bien intrigué avec Un Monde sans femmes. Même filiation (Jacques Rozier convoqué en fantôme, et représenté ici par Bernard Menez), même ton romantico-mélancolique, mêmes qualités et mêmes défauts que dans le moyen-métrage : Tonnerre a du charme, c'est certain, a un ton, c'est indéniable, mais est quand même un peu trop court en bouche pour vraiment calmer les appétits du spectateur.

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Un musicien vient s'installer pour quelques temps dans la petite ville de Tonnerre, pour y travailler sur son prochain disque. Il va très vite y rencontrer une mignonne journaliste, de laquelle il va tomber irrémédiablement amoureux. En vrai romantique, il n'acceptera pas que l'amour soit éphémère, et quand la belle le quittera pour un beau footballeur, notre gars va littéralement pêter un boulon. C'est tout, et c'est déjà beaucoup : il y a dans cette historiette sentimentale une véritable déclaration d'amour à l'amour, et une lutte sans merci contre son côté instable. Brac, avec son héros, refuse que tout s'arrête, et c'est assez joli de voir ce pauvre type tomber dans le pathétique, la violence incontrôlée, simplement pour sauver une histoire sentimentale dont il est évident qu'elle n'est guère sérieuse. La filiation de Jacques Rozier est du coup subtile et pertinente : comme dans Du Côté d'Orouët, il y a cette tristesse des choses qui passent, cette douce nostalgie qui s'affiche sans grands évènements, sans vrais cris. Notre héros se roule bien de douleur dans son lit, s'arme bien d'un flingue pour aller en découdre ; mais tout ça reste dans le réalisme, ne tombe jamais dans le spectacle. Menez, très bon, est là pour insuffler la part de quotidien nécessaire pour contrebalancer ce romantisme exacerbé : il est le porteur du trivial, avec son chien poète et ses tenues de ski bariolées, sans qui le film serait allé vers un ton trop dramatique. Le choix de Macaigne pour incarner le personnage principal est là aussi bien vu : aussi beau (sa voix cassée, sa discrétion) que minable (sa tonsure, ses excès de sentimentalité), il est le brave gars d'aujourd'hui, petit et fort à la fois.

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Malheureusement, à force de parler de petites choses, le film devient lui-même un peu petit. Le ton adolescent ne colle pas avec ce qu'on voit à l'écran : un adulte qui s'éprend d'une jeune fille. Macaigne, pas du tout crédible en chanteur (on sent Brac un peu emmerdé quand il s'agit de le filmer en train de chanter ou de jouer de la guitare, et il botte en touche systématiquement), devient un peu agaçant, surtout dans la première partie : il a à vue de nez 35 berges, et il fait des glissades dans la neige ou danse la java pour séduire sa belle, c'est un peu anachronique. Sa belle (Solène Rigot, moyenne) n'est pas plus crédible en journaliste ou en femme fatale. Ce romantisme suranné finit par devenir légèrement gênant, comme si Brac avait voulu réaliser un film d'ados mais avec des adultes, comme si son univers mental était resté bloqué sur ses 15 ans. Ça pourrait être joli, mais son écriture et sa technique ne sont pas encore assez au taquet pour éviter de grosses maladresses dans le scénario et la mise en scène. Trop long, trop démonstratif, le film se perd, surtout dans ses deux premiers tiers.

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Pour terminer sur une note positive (parce que, quand même, le film se laisse regarder), ajoutons quand même que Brac est décidément excellent pour filmer la nature : ici, des paysages de neige ou de forêt de toute beauté, magnifiquement éclairés façon naturel, ainsi qu'un lac idyllique (godardien, dirais-je). Et surtout, la petite bourgade de Tonnerre, parfaitement incluse dans l'histoire jusqu'à en devenir le personnage principal : Brac sait regarder ces bleds de province, sans les magnifier, sans les enlaidir, dans leur vérité. Rien que pour ça (et pour plein d'autres choses aussi, hein), Tonnerre fait bien d'exister.  (Gols 25/02/14)


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Je trouve l'ami Gols un peu dur lorsqu'il s'agit d'évoquer les deux jeunes comédiens (Rigot, fraîche comme la neige, Macaigne, ma caille) mais doit reconnaître qu'il marque une poignée de points lorsqu'il parle de "film d'ado". Oui, Macaigne, réagit comme un ptit gars de 14 ans et c'est vrai que cela tranche un peu avec ses airs sages er débonnaires au début du film. J'ai d'ailleurs pour ma part un peu moins apprécié le dernier tiers du film, avec ce "kidnapping amoureux" qui traîne un peu en longueur. On est donc dans le thème "film d'amour en province avec retour dans le cadre étriqué de la maison des parents" et même si cela est un thème plus ressassé que la pluie après le beau temps, Brac réussit globalement l'épreuve. Menez apporte indéniablement quelque chose de truculent à la chose - les pères, leur nostalgie et leur dernier coup de collier en souvenir d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître - , Macaigne la dégaine à la coule - les hommes, leurs coups de coeur soudains et les conneries qui en découlent - et Rigot avec son teint de porcelaine apporte la petite touche de fragilité - les femmes, leur doute et leurs excuses qui nous échappent, souvent, à nous, les mâles... C'est une histoire vieille comme la nuit des temps avec un ptit grain de folie venant du gars le plus terre-à-terre du monde (Macaigne, toujours un bonus, jusqu'alors, dans ce nouveau cinoche français - tant qu'il aura ce regard si doux, cette voix si tenue et des cheveux). Ces alentours enneigés magnifiquement filmés comme le soulignait Gols apporte une pointe de luminosité dans cette petite ville de province si terne ; c'est d'ailleurs le lieu rêvée pour l'échappée belle de Macaigne avec sa douce, un Macaigne prêt à tout pour retrouver le désir de la page blanche. L'atterrissage final sera également relativement bien maîtrisé par Brac. Bonne petite surprise française, allez, disons-le gaiement.  (Shang 26/04/15)

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