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Il n'était pas gagné d'avance que Ted Kotcheff fasse un jour son entrée sur Shangols avant Théo Angelopoulos. Ben voilà, c'est fait. Et avouons que c'est pour la bonne cause vu que la gars Ted réussit un film aussi couillu qu'un kangourou. Après cela, difficile également d'avoir envie de passer un week-end entre hommes dans la région australienne du Yabba : certes, ce serait l'occasion de boire de la bière pour le restant de ses jours (et il y a ici un grand compétiteur) mais cette ambiance de franche rigolade, d'hospitalité collante, de remarques machistes, de jeu d'argent à la con, de sympathoches bastons qui dégénèrent et de chasse aux kangourous qui virent au carnage a de quoi vous foutre des frissons dans le dos. Gary Bond qui enseigne dans un endroit hors du temps, au milieu de nulle part, n'a qu'une soirée à passer en transit dans cette ville avant de rejoindre Sydney... Il y vivra l'expérience d'une vie.

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Il y a un petit côté lynchéen dans cette atmosphère décalée : notre homme Gary ne semble au départ aucunement en phase avec les habitants du Yabba ; de plus, les murs de sa chambre sont couverts de papiers-peints rouges (c'est bien la patte out of time de notre gars D.L.). Rapidement, les litres de houblon aidant (tu refuses de boire un verre avec ce putain de géant de shérif, tu finis en pièces détachées : l'hospitalité, bordel, ça se respecte), le gars Gary va se mettre au diapason de la city : le voilà qui, comme un con, parie toute sa thune sur un jeu de pile ou face qui captive la ville. Il y a d'abord l'euphorie puis le début de la chute, infernale. Ambiance vestiaire de sport dans cette ville où les hommes s'envoient de grandes bourrades de malade dans le dos : non seulement tu voles à chaque fois trois mètres plus loin mais en plus tu es obligé de garder le sourire pour ne pas casser l'ambiance... Ah oui, il y a bien des femmes, du moins une, mais la gonzesse, la Daisy locale, elle est tellement chaude qu'elle en fera vomir le pauvre Donald, comme écoeuré d'une telle facilité. Ce couillon va malgré tout rapidement trouver ses marques auprès des mâles du cru en massacrant à tour de bras des kangourous aveuglés par les phares de la bagnole (là c'est moi qui ai vomi) et en continuant de picoler jusqu'à plus soif, jusqu'au bout de la nuit (je crains moins, ça). Quand il se réveille à moitié nu avec un type barbu couché sur lui, il se demande s'il n'a pas touché le fond... Mais le fond est encore loin et Gary, couvert de vomissures et de crasse, n'a pas encore fini sa chute.

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Tef Kotcheff nous fait sentir la sueur et l'haleine chargée de houblon de cette ville de mineurs qui semblent vivre à l'ère préhistorique (si on imagine la possibilité de boire une bière glacée à cette époque lointaine). On est dans un monde d'hommes où le moindre refus de trinquer est vécu comme une insulte : l'alcool aidant, les pulsions violentes et la déconnade crasse ne tardent pas à faire leur apparition et le Gary se sent de plus en plus partir en vrille dans cette ville qui le retient comme un papier-tue-mouches... Même si par chance, il parvient à s'en arracher, la glu et la malchance continue de lui coller aux pattes. Noir c'est noir, peut-il y avoir une porte de sortie, un espoir ? Pas sûr. Un film roots, violent, grinçant : le vrai "chef d'oeuvre" de Kotcheff ? Sans doute.   (Shang - 03/04/15)

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Oui, un film couillu, c'est le moins qu'on puisse dire, tant l'univers proprement infernal mis en place par Kotcheff est marqué par tous les signes de la virilité la plus nauséabonde. Ce monde privé de femmes, à l'exception d'une pauvre nympho sacrifiée à tous les mâles du coin, affiche sans nuance tout ce qui fait la masculinité mal placée : ici, on boit, on joue, on chasse, on se frappe et on se tape dans le dos en riant bruyamment, jetant au feu tout ce qui peut s'apparenter à de l'intelligence ou de la culture. Bonne idée, du coup, d'avoir placé au sein de cette Australie rurale arriérée un représentant du savoir, petit instit mal affecté, qui tente de rejoindre la grande ville mais doit d'abord en passer par cet enfer sur terre. Son élégance et ses sentiments ne résisteront pas longtemps à la sauvagerie pure de cette ville minable où tout n'est que violence et vulgarité. On rigole bien, dans un premier temps, du hiatus constitué par ce jeune homme blond et propre sur lui et ces soiffards qui lui balancent des bourrades à décorner un boeuf (le regard fixe du flic qui l'oblige à boire toutes ses bières cul-sec, eheh). Mais peu à peu, tout devient trop, déplacé, excessif, et on se retrouve doucement plongé en enfer, avec ce point culminant constitué de la chasse aux kangourous, scènes malaisantes, parfaitement dérangeantes, brutales et étouffantes. Kotcheff utilise des images documentaires de vraies chasses, et on a le coeur au bord des lèvres.

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Le film fait sans arrêt ainsi des va-et-vient entre grotesque (la bêtise crasseuse des autochtones, le jeu grand-guignol du génial Donald Pleasence) et horreur pure, jouant sur un ton très joliment balancé qui nous balade à sa guise. On reste toujours du côté de Gary, regardant tout à travers ce regard, ce qui rend la chose encore plus troublante : avec lui, on est entraîné dans la spirale de violence et d'angoisse (les très belles séquences de jeu de hasard à la con, pleines de suspense et en même temps ridicules), avec lui on veut y échapper, et avec lui on y reste enfermé. Kotcheff filme cette descente aux enfers avec une vraie violence, une vraie frontalité, livrant un portrait d'hommes entre eux sans concession, ainsi qu'une vision de l'Australie profonde qui vous hante longtemps. Je ne boirai jamais plus une bière de la même manière, ni n'attraperai de kangourou à bras-le-corps.   (Gols - 25/04/15)

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