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Burton a pu être génial dans le passé ; il a pu être consternant ; mais il n'avait jamais été transparent, ce qu'il est pourtant avec cet insipide Big Eyes. On aura bien du mal à trouver un quelconque intérêt à cette farce anémique, jamais drôle, jamais intéressante, enterrée sous un montage amateur qui en casse tout le rythme, portée par un acteur assez pathétique et complètement dépourvue de style. Comment Burton a-t'il pu s'intéresser à cette fade histoire de femme peintre dont le mari vole l'identité ? Peut-être, à la rigueur, parce qu'on y sent une des principales thématiques du compère : l'impossibilité de sortir de l'enfance. Margaret Keane est en effet une femme un peu naïve, un peu soumise, qui peint des enfants aux grands yeux, aussi kitschs que populaires. Une imagerie naïve et puérile dont elle ne peut s'échapper, souffrant d'une sorte de syndrome de Peter Pan qui lui coûtera cher : son mari va lui voler son identité, dans une sorte d'entourloupe virile et dominatrice, et notre jeune femme va se retrouver enfermée avec ses toiles pendant que l'époux s'attire toute la gloire. On le voit : il y a des relents de Edward ou d'Alice dans cette enfant enfermée avec ses fantasmes d'enfance. Voilà tout ce qu'on peut tirer d'un peu intéressant dans ce bazar.

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Pour tout le reste, on ne cesse de hurler à la mort. Surtout quand Christoph Waltz, complètement en roue libre, se pique de faire dans le grotesque pur (tranchant ainsi avec l'esthétique d'ensemble du film, sucrée et plutôt douce) : son jeu est fadissime, sans rythme, excessif sans jamais être drôle, et Burton ne sait absolument pas comment filmer ces lourdes tentatives. On a l'impession que le montage, surtout dans la longue scène affligeante du procès final, est fait pour sauver les meubles : on enlève tout ce qui est raté, on garde quelques bribes d'expressions, quelques tics de visage, et c'est parti. Il en résulte des plans ultra-courts qui envoient les logiques d'espace et d'axes par-dessus bord, dans une bouillie visuelle complètement indigente. On passe son temps à attendre des rebondissements qui justifieraient cette impression d'accumulations de scènes d'ouverture : ils ne viendront jamais ; le film déroule paresseusement des saynètes insipides, auxquelles Burton voudrait donner un aspect burlesque mais qui, faute d'écriture et de regard, passent complètement à côté de la plaque. On note le travail sur la photo, certes, l'esthétique photoshopée qui pousse toutes les couleurs vers le fluo ; on écoute avec plaisir la partition de Danny Elfman, c'est vrai ; on apprécie même le jeu pour le coup subtil de Amy Adams ; mais le grand absent de la chose, c'est Burton lui-même, qui semble avoir filmé ça sans aucune envie. Un de ses pires films, ce qui, au vu de sa filmographie récente, peut donner des inquiétudes sur l'avenir du garçon.

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