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Shangols se devait d'avoir un long-métrage comorien. Question de principe. L'histoire ici est simple : une "je viens" décide de voyager dans les îles de lune, après la mort de son père resté au pays, et engage la discussion avec des "je reste". Si cela est un peu sibyllin pour les non-initiés lunaires, voilà une petite traduction personnelle : une Comorienne vivant en France visite les Comores et rencontre divers personnages du cru, à la Grande Comore où son père a construit une maison avant de mourir, à Anjouan, à Mohéli et à Mayotte (département français). La première demi-heure est un peu lente, fait craindre même le pire dans la chienlit (images VHS de son pater qui erre comme un fantôme dans cette maison vide), vagues images de la vie comorienne, commentaires un brin vaporeux... On a l'impression qu'Hachimiya Ahamada aimerait bien faire partager son histoire, ses sensations, son trouble (cette maison construite en grande partie pour elle - ne rentrons pas dans les traditions comoriennes sinon on en a pour des heures - qu'elle n'a donc jamais habitée) mais qu'elle a bien du mal à savoir comment s'y prendre. C'est quand elle part à la recherche d'un cousin à Mayotte que ce documentaire intime commence à prendre forme ; on sent le cousin un brin aigri qui revient sur sa frustration de ne pas avoir de papiers légaux à Mayotte. Première petite pique contre la France et ces fameux « je viens » qui ne font que passer… Lors de son passage à Anjouan, la réalisatrice donne également la parole à ces personnes qui ont tenté leur chance à quelques encablures de leur île et en sont revenues plusieurs fois menottes au poignet. On connaît le problème du fameux visa Balladur (sinon, il y a Wikipédia les amis).

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Plus intéressant sans doute ou disons un peu moins attendu sera le discours de cet homme d'expérience qui avoue à la fois une sorte d'attachement à la France (il fait ressentir à quel point les Comores "ont besoin d'elle ») tout en finissant par lâcher que si elle ne veut pas d'eux, qu'elle parte définitivement... Une sorte de I can't live with or without you à la sauce poutou (l'épice local, ndt). L’ambiance se fait plus apaisée lors du passage de Hachimya sur la paisible île de Mohéli où elle parvient très bien à faire toucher du doigt cet autre paradoxe franco-comorien : dire que ces paysages, dignes d'être accrochés dans le salon d'un HLM parisien, font rêver alors que ces mêmes Mohéliens doivent également espérer un jour se retrouver ailleurs. Elle émet alors cette très jolie idée : "Est-ce la France qui pousse [les insulaires des Comores] à atteindre ce rêve qui finalement nous met tous en transit quelque part ?". Une bien belle définition du « voyage d'une vie » dans un film qui tente, un peu sur la pointe des pieds, d'évoquer les « principes » souvent contradictoires de ces iliens de l'Océan Indien.

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