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On agite ce film comme une poupée vaudou en brâmant d'un air terrifié que c'est le film ultime, insupportable, qu'on est jamais allé plus loin dans le gore et dans le malsain, etc. Alors, d'abord je dis qu'il y a eu La belle Histoire de Lelouch, aussi, et ensuite j'ajoute qu'il importerait peut-être de ne pas trop prendre les provocations de A serbian Film pour argent comptant ; j'avoue même m'être bidonné devant ces idées effectivement scandaleuses, mais traitées avec un tel excès qu'il paraît évident que l'humour a quelque chose à voir là-dedans. Ce qui en constitue une vraie qualité. Certes, assister à un viol de nouveau-né, à une décapitation au sabre pendant l'orgasme ou à une longue séance de viol incestueux peut paraître légèrement éprouvant ; mais c'est du gore, ni plus ni moins, et on ne va pas s'en plaindre non plus.

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L'histoire en deux mots : une star du cinéma porno légèrement viellissante se voit proposé un dernier rôle dans une production annoncée comme du "new-porn", un truc ultime dont notre gars ne sait rien. Il va se rendre compte qu'il est embringué dans un tournage infernal, mélant la fiction à sa vie privée, et où le but est de faire tomber les derniers tabous sexuels, inceste, pédophilie, meurtre, ce genre de joyeusetés. Dopé jusqu'aux oreilles de Viagra surpuissant, notre homme se transforme en bête sexuelle et meurtrière, et le résultat sera sanglant et excrémentiel comme un bon vieux Pasolini. On sent tout de suite que le film va aller assez loin dans la provocation, et il y va effectivement. Non seulement dans la violence, filmée frontalement, mais aussi dans le sexe : le film mélange dans un seul flot les fantasmes sexuels et les pulsions morbides du héros, et donc du spectateur de film d'horreur lambda. Le film est porno dans tous les sens du terme, au premier degré comme au deuxième : on aime regarder et on est dégoûté de le faire, il fallait oser.

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Le plus intéressant est sûrement que ce film affiche son identité serbe dès le titre, et se situe avec beaucoup de volonté dans le contexte de l'après-guerre. Sur une société moralement pulvérisée, où les valeurs et les rapports avec les gens ont souvent été réduits à de la domination et du meurtre, les agissements de ce barbare meurtrier gonflé à l'adrénaline prennent une signification troublante. Il est permis de voir dans la décimation progressive à laquelle il se livre une traduction des exactions politiques récentes. Spasojevic ne va pas forcément très loin dans ce discours, restant résolument du côté du pur gore. Mais on a tout de même un bel aperçu de ce que sont devenus les profiteurs de la violence, nouveaux riches désoeuvrés privés de leur dose de brutalité et qui commandent des meurtres à des victimes hébétées pour un public avide de sang. Ce n'est pas rien. Le film travaille aussi sur les limites de la représentation, comme le fit jadis (avec beaucoup plus d'intelligence, c'est vrai), Salo ou les 120 journées de Sodome, cherchant le point de limite au-delà duquel des images deviennent abjectes. Il le fait dans un élan punkoïde qui force le respect, une accélération des images et des sons qui transforme peu à peu son film en pure force de dévastation. On en ressort pas tout à fait net, reconnaissons-le, même si le film frôle parfois le too much dans sa volonté de choquer. Mais c'est une volonté nette de Spasojevic, à mon avis, que de travailler aussi sur le burlesque, sur l'excès, sur le rire. Quand, suite au viol d'un bébé né une minute auparavant (oui...), le réalisateur lance au spectateur terrifié : "Tu comprends rien, c'est du new-born-porn !" ; ou quand notre héros bien membré tue un gars en lui introduisant sa teub dans l'oeil, on se dit que la dérision n'est pas ennemie de ce cinéma extrême, et on termine l'éprouvante projection avec la réelle satisfaction d'être tombé sur un film d'horreur doté de glaouis et pas si con que ça.

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