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J’avais un peu peur en voyant la bande-annonce d’avoir déjà une idée de l’ensemble du film. C’était mesquin, la bande-annonce ne couvre que 90% du film. Admettons-le donc, Whiplash, dans ses neuf premiers dixièmes a bien du mal à nous cueillir : un ptit jeune qui n’en veut, sans doute un peu naïf, sans doute un peu tendre, va donc faire face un professeur sorti de l’enfer ou de l’armée américaine, un type colérique et dictatorial, un passionné qui pousse les musiciens à bout… pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes ou craquent - c’est selon. C’est l’éternel débat de l’enseignant qui veut que ses élèves se dépassent (c’est bien de placer la barre très haut - ou pas) mais qui a parfois du mal à savoir quelles sont les limites : pression morale, insultes (2 ptites minutes de logorrhée non politiquement correcte - c’est énorme dans un film américain - où les Irlandais, les Juifs et les P.D. en prennent pour leur grade : oui, les Américains n’ont pas beaucoup d’imagination, c’est un peu toujours le même disque… surtout envers les tafioles), pression physique (le type est une masse, donne des baffes, fait voler des baguettes de bois vert…). Le prof est vraiment pas gentil et risque un jour d’avoir un sale retour de bâton, c’est clair.

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Notre aspirant batteur va se donner bien du mal pour donner satisfaction au maestro… Et vas-y que je me fais des ampoules, que je me trempe la main en sang dans un seau plein de glace, et que même après un accident de bagnole de dingue (se faire renverser pour un gros camion ricain, c’est pas rien) je continue à vouloir tenir mon (premier) rang - c’est idiot de vouloir jouer de la batterie quand on a 4 doigts cassés et un trou dans la tempe, après chacun voit midi à sa porte. Notre petit jeune est prêt à tout sacrifier, même sa gentille petite pineco - également sacrifiée par le scénariste mais cela est un autre problème. Que dire de plus ? C’est filmé à l’énergie, notre petit jeune se donne bien du mal pour arracher des cris à sa batterie, notre professeur - belle masse chauve -  tourne comme un vautour autour de ses proies avant de les déchiqueter quand l’envie lui prend, ça se veut efficace, noir, dur, violent et cela peine souvent à paraître vraiment original. Notre masse militaire en fait trop, notre apprenti prend des mines tellement contrites et souffreteuses qu’on en arriverait presque à imaginer l’état de son slip en fin de journée (c’est pas classe, je reconnais)… Ce dernier aura tout de même droit à sa revanche - le tournant du film à 15 minutes de la fin - avant qu’ait lieu la belle. C’est lors de la dernière séquence qu’on dirait que le film commence vraiment : notre jeune batteur a la rage, notre prof a la rage (chacun a subi au moins une fois les coups de pute de l’autre) et ils se retrouvent face à face, sur scène, lors d’un concert où c’est à celui qui emmerdera le plus l’autre. Peu de dialogue, une vraie battle musicale : tu veux faire le malin, improvise mon gars ; tu veux me diriger, c’est moi qui vais imposer le tempo ! Notre chauve a le crâne qui fume, notre batteur s’arrache la peau des mains, « over and beyond » lancerait Buzz l’Eclair : oui, se dépasser… Musicalement ça sent plus la sueur que le feeling (il tape sur des bambous comme un malade et ça lui va bien), c’est un peu over-musclé (le montage, la hargne de l’enseignant…) et pas toujours, sentimentalement parlant, dans la dentelle du Puy (par pitié que Chazelle ne nous livre pas ensuite une love story…) mais ce face-à-face radical qui finit en apothéose se regarde néanmoins sympathiquement comme un bon solo de batterie. Sans plus. « Aux drums,… »   (Shang - 20/01/15)

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Complètement d'accord avec mon camarade, même si, pour ma part, j'y ajouterais une louchette d'amertume consternée sous la forme d'un cri de désolation (genre : yaaaaargh). Whiplash a tout de la sous-bouse, autrement dit, une sorte de Rocky avec des baguettes (mais avec les gants quand même, vue la qualité de la musique) et sans le talent. La musique est en effet considérée ici, tout comme la mise en scène d'ailleurs comme un sport de combat. Difficile, je ne dis pas, de filmer la musique ; mais ce n'est pas en livrant ce montage imbécile, qui tente de coller au rythme de la batterie binairement, ni en dopant les mouvements de caméra façon Lelouch (ces balayages en panoramiques totalement affreux qui tentent de mettre face à face le chef et son orchestre), qu'on y arrive, de toute évidence. Formellement, le film est hyper amateur, très bête, ne cherchant jamais une quelconque justesse mais visant juste une efficacité toute hollywoodienne très fatigante. Les yeux sont gavés avant même les oreilles, qui pourtant en prennent un sacré coup : la musique est totalement immonde, c'est bien simple. Le méchant évoque Charlie Parker, mais dirige pourtant son band vers une sorte de musique martiale à l'esbroufe, lourdaude, unie (tout dans le gros truc qui tâche), sans finesse, une sorte de musique de variétoche sur vague fond de jazz. Le solo final constituant le summum de l'inécoutable : pour Chazelle, la batterie, c'est taper le plus de fois possible sur la caisse claire en une seconde, ça me paraît un poil court. Décidément que ce soit avec la danse (chez Altman ou chez Aronofsky) ou avec la musique, les réalisateurs américains ont du mal à se départir d'un patrimoine "comedie musicale" ringardissime : on croirait que rien n'a bougé depuis 1950, et Chazelle a beau tenter de doper l'ensemble avec un côté rock'n roll, il s'avère être, artistiquement, un infâme réac. Charlie Parker doir labourer le cimetière s'il entend ainsi son nom utilisée pour une musique que n'aurait pas reniée les Scorpions au sommet de leur gloire stadesque.

Whiplash

Et puis, le scénario, mon Dieu, le scénario. Encore plus ringard que la forme si c'est possible, il devient carrément effrayant dans son message de success-story à tout prix. Pour réussir, petit con judéo-chrétien, il faut en baver, rien n'est facile dans ce bas monde, petit gars, eh ouais. Virilité exacerbée (il faut saigner pour être batteur, et ça pleure pas un homme), morale de pépé, vision du monde comme une guerre à remporter, le duel a tout d'un "c'est moi qui ai la plus grosse", et on ne souhaite plus qu'une chose : que le petit jeune (très mauvais) meure sous l'effondrement de sa grosse caisse, que le méchant (cabotin et pas crédible) avale sa cymbale, et qu'on nous foute la paix avec ces films de survivor qu'on pensait terminés depuis que Rambo a rangé sa kalash.   (Gols - 04/02/15)