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Un premier film, avec ce que ça sous-entend de maladresses et d'éclats, que Cavalier réussit pourtant magnifiquement. On voit bien que le bougre n'est pas complètement à l'aise dans ce cinéma de facture assez classique, narratif, écrit ; mais il parvient, au milieu de ce cahier des charges assez contraignant, à trouver un style impeccable, et à atteindre de grands moments.

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Clément (Trintignant, génial) est un fasciste activiste travaillant dans l'ombre à un attentat contre une figure de la gauche, soigneusement encadré par un mystérieux réseau. Entièrement tourné vers ses prises de position politiques, il en oublie de s'occuper d'Anne (Romy Schneider, à l'ouest, j'y reviens), sa belle fiancée diaphane. Pour lui, et c'est la beauté du scénario, le romantisme réside dans le combat, dans la pureté de ses idéaux, et non dans l'amour. Clément fait partie du passé, celui où les dettes se réglaient en duel, où la camaraderie avait un sens, et ses idées d'extrême droite épousent bien ces rances convictions. Quand son mentor le trahira, quand son meilleur ami séduira sa Romy, il ira au bout de sa logique réactionnaire, dans une sorte de jeu absurde avec la mort et l'honneur. Bien beau sujet, traité avec une rigueur mathématique dans la mise en scène. L'aspect parfois documentaire du film (sur tout ce qui concerne l'entraînement au combat du réseau facho, la préparation des exécutions, les codes, etc.) est renforcé par un ton froid, sûrement hérité de la mode « Nouveau Roman » de l'époque : il y a en effet une sorte de style à la Robbe-Grillet dans cet a-plat de la voix off, dans ces dessins géométriques des mouvements de caméra (beaux, mais froids comme la glace), dans cette distance par rapport aux personnages. Trintignant, opaque, apparaît comme un adolescent têtu, dangereux justement par son absence d'émotion, y compris dans l'amour. Cavalier invente ainsi une mise en scène austère, un noir et blanc (Pierre Lhomme aux projecteurs) somptueux mais très « papier glacé », et enferme ses acteurs dans cet écrin de distance. C'est d'autant plus fin que le scénario raconte, lui, des faits pleins de bruits et de fureur, assassinats, trahisons, traque, séparations et crises de jalousie. Le Combat dans l'Île, c'est un western filmé par Duras, quoi.

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Dommage que Cavalier, un peu gêné par ce style qui ne lui ressemble pas tout à fait, fasse trop de concessions par ailleurs. Schneider ne comprend rien au film, de toute évidence, minaudant en cherchant son meilleur profil alors qu'elle devrait chercher à rentre dans ce style rigoriste, persuadée qu'elle joue un drame super psychologique alors qu'elle est dans un film politique et expérimental. Etre belle est une bonne chose (et elle l'est, éclairant à elle seule bien des plans), le savoir en est une plus dommageable ; là, elle fait sa diva de façon beaucoup trop démonstrative. Le scénario (Rappeneau au stylo-bille) est souvent maladroit, sur-explicatif, tiré par les cheveux (la façon dont Clément apprend qu'il a été trahi...). En se désolidarisant radicalement de ses copains de la Nouvelle Vague, Cavalier a du mal à trouver vraiment ce style moderne qu'il cherche. Mais ça ne fait rien : son film est tout de même passionnant, certainement audacieux dans son contexte (en 1962, la guerre d'Algérie devait donner une résonnance particulière aux agissements du personnage principal), porté par un Trintignant royal, très rigoureux dans son souci de vérité, et se concluant sur un quart d'heure de toute beauté. Ca suffit pour mériter amplement la vision.

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