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Voici la preuve que Shangols suit parfois les conseils de ses lecteurs fervents, pour peu qu'on lui en laisse le temps ; preuve aussi qu'il fait bien de les suivre, puisque Angoisse est un excellent film horrifico-expérimental comme on les aime, ou comme, toutes proportions gardeés, De Palma ou Hitchcock les aimèrent jadis. Deux références qui imprègnent d'entrée de jeu le film : un tueur hanté par sa mère et entouré d'animaux empaillés (et subissant en plus des attaques d'oiseaux par la suite), et nous voilà dans Psycho ; le même tueur obsédé par l'idée du regard et des yeux, volant ces derniers à ses victimes, et nous voilà dans l'oeuvre complète de De Palma. Les 20 premières minutes posent les bases d'un cinéma de thriller assez classique, mais on sent que Luna en a sous la pédale, et qu'il attend le bon moment pour déployer toute sa thématique sous-jacente.

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Le twist arrivera à la 22ème minute exactement, et je vous préviens que je vais balancer un spoiler, sinon je ne pourrai jamais m'en sortir. Le film qu'on est en train de regarder est en fait projeté dans une salle de cinéma, et ses spectateurs vont peu à peu être comme hypnotisés par les images et en reproduire les faits. Ainsi, à l'instar du tueur "fictif", un gars va se mettre à assassiner le public du cinéma, dans un incessant aller-retour entre écran et salle. C'est là qu'Angoisse devient vraiment intéressant, autant dans son fond que dans sa forme. Avec une science du montage vraiment impeccable, le film mèle très habilement la partie fictive et la partie réelle, opérant un trouble étonnant entre les deux. Sur "l'écran dans l'écran", on assiste à un beau film à l'européenne, hérité du giallo italien, du surréalisme (les yeux coupés au rasoir, ça vous rappelle rien ?), de l'expressionnisme allemand, teinté d'une touche de surnaturel ; dans la salle, un tueur nettement moins charismatique assassine des jeunes filles avec une moche arme (un pistolet avec silencieux), et c'est le cinéma américain, réaliste, terre-à-terre, dans sa pauvre expression qui est invité. Discours sur la supériorité de l'un sur l'autre ou exercice d'amusement de comparaison, on ne sait trop ; mais en tout cas, Luna dresse des ponts invisibles, grâce au montage parallèle, à la profondeur de champ, à une sorte de rythme parallèle, entre ses deux "strates" de réalité, et parvient donc à en dresser aussi entre le film et nous-mêmes.

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Il est question de puissance du regard, de capacité hypnotique du cinéma, qui peut même se lire comme un discours un peu moraliste sur les dangers de l'image (le tueur qui reproduit ce qu'il voit à l'écran). Mais le film est d'abord une forme brillante, malgré les actrices vraiment nulles, malgré quelques défauts visuels inhérents aux 80's, malgré une fin un peu attendue. On se promène là-dedans avec le plaisir d'esthète, admirant les belles contre-plongées, la façon parfaite avec laquelle le film alterne les points de vue, et surtout ce brillant écheveau de personnages qui se répondent de l'un à l'autre. Une vraie expérience de spectateur, qui côtoie les grands films sur les cinéastes-voyeurs, ceux de Powell, d'Antonioni ou donc, de De Palma. Bravo, et merci à notre aimé lecteur Bondy Troouf.

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