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Après une petite parenthèse godardienne, retour au cinéma - qui est bien vivant, n’en déplaise à notre monteur son - avec cette petite merveille signé Weiss - auquel on devait déjà l’excellent Roméo et Juliette et les Ténèbres. Après le film romantico-historique, voici venu le temps du film romantico-fantastique : un jeune berger qui, vaillant, se promenait la nuit, tombe sur une fougère d’or. Il s’en saisit malgré d’inquiétants bruits forestiers et les cris et les griffes de zoziaux en colère. De retour dans sa cabane, notre homme voit surgir une jeune beauté sylvestre qui cherche à récupérer la fougère. Ni une ni deux c’est lui qui l’attire dans sa demeure, monnaye un premier baiser en échange du rameau brillant et puis l’on sait très bien comment tout cela finit… Notre jeune femme, malgré l’appel de la forêt, verse une dernière larme de rosée et  se laisse héberger par notre berger. Notre couple pourrait vivre d’amour et d’eau fraîche mais nan, l’homme ne peut s’empêcher de montrer sa merveille au village. Il s’en mordra les doigts car il se fera dans la foulée embarquer par des militaires : en route pour le front pour combattre les Turcs… Notre blonde âme se fait une sève d’encre et lui coud un tricot magique : tant qu’il le portera, rien n’arrivera… Ouf. Notre homme défiera alors plusieurs fois la mort, tout d’abord pour avoir l’autorisation de rentrer rejoindre sa belle, puis pour… émerveiller une beauté brune - la fille de son chef. Il joue gros et risque d’y perdre sa chemise… et donc l’amour, et donc la vie.

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Le noir est blanc, n’hésitons point à taper du poing sur la table d’entrée de jeu, est tout simplement sublime, les créatures tchèques à se damner et notre héros héroïque. Tout commence comme un joli conte de fée dans les bois - même si la nature se fait des plus menaçantes envers sa blonde créature  ; on fera ensuite la connaissance de la (méchante) femme envoutante qui fera trois vœux (classique) et tentera de faire perdre pied à notre héros…  Craquera, craquera pas ? Tout ce que l’on sait, depuis qu’on a vu douze fois tout Rohmer, c’est qu’à courir deux lièvres, on risque de les perdre tous les deux… et de se prendre une balle, aussi, accessoirement, en période de guerre ou de chasse. Notre héros est vaillant, disais-je, mais malheureusement un peu bas de plafond… Le type ne supporte pas qu’on se marre en sa présence… Le type susceptible quoi. Rien d’étonnant à ce qu’il tombe comme un bleu dans le petit jeu de cette femme (elle lui offre des fleurs et son petit doigt saigne… je ne vous fais pas un dessin) qui le mène par le bout du nez : va me chercher un étalon (…) dans les écuries du grand vizir et tu pourras rentrer chez toi. Elle le baise (dans tous les sens du terme) et lui donne une nouvelle mission : va me chercher un collier de perles (…) et je m’offrirai à toi… ou pas. Le type est dingue, ne se rend pas compte que cette femme n'a pas de coeur (juste un mini tatouage...), qu'elle avance masquée la perfide (pourtant de masque, elle en portera justement un… Long à la détente, le berger) et i lira défier une troisième fois le vizir en allant lui piquer dans sa tente son rossignol - si après cela, la fille, il n’arrive pas à la faire jouir, je ne vois plus à quoi sert la symbolique… Il ne fallait pas la prendre au sérieux, cette donzelle, mon gars, elle n’était pas faite pour toi (« une faveur aristocratique se termine toujours dans le sang » - je cite, mal, de mémoire). Mais c’est lorsqu’on a tout perdu, même la vie parfois (si), qu’on est capable de revenir sur terre.

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Weiss nous fait virevolter sentimentalement et physiquement (ces scènes endiablées de danse où la caméra tourne à dix mille à l’heure), nous fait sentir les odeurs de la forêt en en rendant tous les frémissements, nous fait palpiter le cœur à chaque mission chez le vizir - qu’elles sont jolies, ces cavalcades à cheval !… Même si notre héros est un peu couillon, on le prend en sympathie et l’on espère de tout cœur qu’il ne brisera pas celui de sa sylvestre aimée… Une fougère, franchement, qui méritait la palme… malheureusement le film fut présenté à Venise... Le cinéma est une chose vivante, magique, inspirée, mon cher…

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