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Il peut sembler parfois un peu ardu de « pénétrer » dans une œuvre de Fassbinder mais comme il y a toujours une petite stimulation intellectuelle au passage, on ne regrette que rarement la découverte d’une de ses créations. En 1978, il décide d’adapter (avec l’aide de Tom Stoppard) un roman de Nabokov, La Méprise. L’histoire se déroule à la fin des années 20 à Berlin. Le contexte politique est celui qu’on connaît - le parti National Socialiste prenant peu à peu son envol - : il constitue ainsi la toile de fond de ce film centré sur un homme (Dirk Bogarde, rien à dire) qui s’enfonce apparemment de plus en plus dans ses illusions ; cherchant à nier une certaine réalité (les coucheries de sa femme avec son propre cousin, les difficultés financières de sa chocolaterie… Il est d’ailleurs forcément tentant de faire un parallèle avec cette  partie de la population qui reste aveugle à la montée du nazisme - la scène où les nazillons fracassent une boutique juive sans que personne n’intervienne), il va chercher à se « créer » un double - en soudoyant un homme qu’il considère comme son sosie. Son plan est à ses yeux limpide : il va assassiner cet homme en le faisant  passer pour lui-même ; ainsi sa femme pourra toucher son assurance-vie et pourra venir le rejoindre en Suisse pour recommencer une vie idyllique… Bien beau projet… si ce n’est que ce fameux sosie ne lui ressemble guère…

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Avouons que l’on est un peu perdu pendant une bonne partie du film… On admire, comme d’hab, les sublimes mouvements de caméra « circulaires » de Fassbinder (le roi du travelling en demi-cercle), le ballet de sa mise en scène (ces personnages qui n’ont de cesse de se déplacer au sein d’un même décor, l’ensemble filmé dans un même mouvement - et ce héros qui finit parfois « coincé » dans un élément du décor comme s’il s’enfonçait de plus en plus dans son monde) mais l’on a un ptit peu de mal à mettre le doigt sur le sujet… On voit bien que notre homme est frustré (les séquences avec son « double réel » : au début du film, Dirk se dédouble ; il assiste ainsi « en spectateur » à des scènes d’amour avec sa femme (comme s’il ne s’agissait que de la projection de ses fantasmes), il assiste là encore « en spectateur »  (dans les deux sens du terme puisqu’il se trouve dans un cinéma) à la relation privilégiée entre sa femme et son cousin (le coup du mouchoir)) et pour tenter de résoudre ce problème il va partir de plus en plus dans son délire, dans sa « vision » : vivre une autre vie, ailleurs ; seulement, comme pour le coup des deux tableaux qu’il confond alors qu’ils sont totalement différents, il ne semble pas très doué pour dénicher un sosie… L’on sent bien que l’affaire est mal engagée…

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Plusieurs petits indices viennent en cours de route nous renseigner sur les tourments de notre héros (le fameux coup de la canne emprunté à son « sosie » : un symbole plus que buñuelien révélant probablement son impuissance ; sa façon de mater le corps dénudé de son sosie et la répétition sur la toute fin de l’expression « I’m coming out » pourraient même nous laisser supposer une homosexualité latente) un héros qui, obsédé par son plan, finit par ne plus ouvrir les yeux sur la réalité (lorsqu’il se met à chercher un tableau dans l’atelier du cousin, il ne voit même plus sa femme… pourtant en petite tenue - son cousin étant lui-même à poil). Il se voile la face, se perd dans ses rêves (il s’imagine même, lors d’un rêve justement, sous les traits de son sosie lorsqu’il sera en Suisse : changer d’identité, de vie, de corps… la totale) et notre homme, par trop confiant en son stratagème, risque un jour de tomber de haut… Un film assez envoutant au final où l’on a de cesse de pister toute les subtilités de la chose (un film labyrinthe où les interprétations restent ouvertes, multiples). Ardu, disais-je, à l’approche mais toujours gratifiant. Du Fassbinder de haut calibre.

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