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Bon, là, les gars, avouons-le : nous voilà au sommet de l'oeuvre de De Palma (qui en comptera une douzaine d'autres, c'est vrai), le genre de film éternel qui, même après 817 visions émerveillées, garde encore de nouvelles lectures possibles, de nouvelles beautés. On a sûrement déjà tout dit et tout écrit sur cet essai divinement intelligent, et tout est vrai. Influencé comme toujours par Hitchcock (c'est Vertigo ici qui sert de matrice, mais Rear Window fait aussi son apparition), il en contient le même romantisme noir, le même désespoir sentimental soigneusement caché sous des dehors de film d'action classique. On dirait que De Palma donne sa version de l'assassinat de Kennedy, il réalise en fait une oeuvre tourmentée sur l'amour impossible, sur la puissance du cinéma et sur le "méta-cinéma". Oui, m'sieurs dames.

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Il va s'agir en effet d'élargir le cadre d'un film pour découvrir une vérité cachée, la résolution de l'enquête tenant dans la façon de mettre en scène l'évènement, de le regarder aussi, donc de devenir à la fois le chef d'orchestre et le public du drame. Jack est preneur de son pour des films de série Z, et enregistre par hasard le crash mortel d'un candidat à la Maison blanche. Convaincu qu'il s'agit d'un assassinat déguisé, il va s'efforcer d'obtenir par la cinéma les preuves de cette conviction : scruter le son enregistré, y adjoindre les images, puis organiser une série de focales, de hors-champ, afin de dénicher le sens caché d'un évènement. Expliquer la vie par le cinéma, quoi, dans un acte de cinéphile romantique que Travolta, fiévreux, exalté, joue à la perfection. Sa soif de vérité tient à la fois de l'obsession et de la recherche passionnée de la forme parfaite (sa recherche de l'image et du son toujours plus nets). Excellent technicien à la carrière ratée, Jack veut faire de ce qui lui arrive dans la vie un film parfait, et c'est très beau. La métaphore est filée également dans l'embryon d'histoire d'amour qu'il vit avec Sally, petite teupu craquante, qui va rentrer dans le plan cinématographique que Jack met en place : pour que son film mental soit parfait, il faut que Sally entre dans le cadre. Elle y rentrera de façon inattendue, par sa voix, dans une conclusion hyper-cinéphile, hyper-fétichiste, qui laisse baba.

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Le fond du film est infini, à la fois discours sur le sentiment amoureux, déclaration d'amour à la supériorité du cinéma sur la vie et variation sur les techniques du cinéma en tant qu'actes de magie. De Palma scrute avec minutie les gestes techniques de l'artisanat du cinéma, les bandes qui tournent dans les magnétophones, les images fixes qu'on assemble, etc., et prend tout son temps, au sein du film à suspense, pour décrire amoureusement ce travail. On pense bien sûr au film de Coppola sur le même thème, mais chargé ici, en plus, d'une urgence douloureuse, d'une patte humaine qui échappait au dispositif glacial de Coppola. La petite Nancy Allen, absolument parfaite, est pour beaucoup dans cette sensibilité qui éclaire le film. De Palma insère ces thématiques presque gothiques (il est question, in fine et comme dans Vertigo, de ressuciter une morte) au sein d'un spectacle formel hallucinant : on est dans le maniérisme complet, c'est sûr, mais j'avoue que quand le Brian se lâche comme ça avec sa caméra, je jubile. Festival de split-screens, de ralentis, de fausses profondeurs de champ, de labyrinthes visuels, de montage parallèle, de panoramiques à 360°, chaque plan est travaillé pour être spectaculaire et envoyer paître les tenants d'un cinéma sobre et retenu. Une petite grammaire de toutes les figures de style en matière de cinéma condensée en 1h40 pétaradantes, colorées et parfaites. Le plus beau de Palma, sachant que tous ses films sont les plus beaux de de Palma.

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