Running on karma_2

C'est toujours pareil avec Johnnie To, on sait jamais si on doit se taper sur les cuisses en constatant la nullité du truc, ou si on doit considérer ça comme un avant-gardisme insensé. J'avoue quand même que, sur Running on Karma, c'est la première tendance qui se dégage. Je veux bien reconnaître que c'est une autre culture, un autre humour, d'autres références que les miens, mais tout de même : comment s'enthousiasmer vraiment pour ce gentil nanar hystérique, aussi consternant dans son scénario que pauvret dans sa réalisation ? Mmmm, comment ?

Jarodd_running_on_karma02

C'est l'histoire d'un ancien moine devenu strip-teaser (Andy Lau, engoncé dans un costume en mousse sensé nous faire croire qu'il a la musculature de Schwarzenneger, mais qui le fait ressembler en fait au lapin de chez Flunch) qui décide d'aider une fliquette dans sa traque des brigands. Il possède un don, si j'ai bien compris, celui ce capter le karma des gens, c'est-à-dire qu'il connaît les incarnations précédentes de chacun, et en déduit leur espérance de vie. La porte ouverte à un galimatias new-age mâtiné de bouddhisme pour les nuls, augmenté d'une touche de philosophie issue des arts martiaux ("tu frape une fourmit, elle te frapera ossi", genre). C'est risible, d'autant que le scénario, après une première moitié encore relativement tenue, s'effrite complètement, prenant des bifurcations qui ont tout de sorties de routes, abandonnant des récits pour en commencer d'autres, et se termine dans une bouillie incompréhensible. On ne sait plus où ni quand tout ça se déroule, on se contente de baver légèrement devant le bombardement d'évènements déconnectés les uns des autres (bon sang, mais c'est qui le méchant qu'ils chassent à la fin ?), consterné par l'amateurisme de la construction.

Running on karma_8

On me rétorquera que là n'est pas l'important, qu'un film de Johnnie To se regarde d'abord pour l'action. Je veux bien, moi. Mais franchement, si on reconnaît l'efficacité du maître sur certaines scènes (le combat dans la grotte bouddhiste), la plupart sont tellement extravagantes qu'elles perdent toute efficacité. On se croirait dans un bon vieux comics où les héros sont tellemnt surpuissants qu'on ne craint jamais rien pour eux. Entre ce bad guy contorsionniste indien qui flotte littéralement dans les airs, ce cambrioleur tellement enduit d'huile qu'il échappe à tout le monde, et Andy Lau tellement balèze qu'il peut voler d'immeubles en immeubles, on ne sait plus où pousser ses soupirs. Ca peut être drôle, je sais bien, mais c'est aussi un peu ennuyeux, et d'une kitscherie qui confine souvent au ringard total. D'autant que les acteurs, très nuls (à commencer par cette petite Cecilia Chung) en rajoutent des caisses, et alourdissent les moindres scènes : Andy Lau qui ne sait pas conduire sa moto, ouarf ouarf, 47 minutes de vautrage ; Andy Lau qui se fait tabasser par des flics, eheheheh, 8 heures de mimiques, etc. Bref, c'est non seulement complètement con, mais très faible esthétiquement. Take some holidays, Johnnie.

running_on_karma4