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McEveety n’a pas laissé un souvenir impérissable en tant que réalisateur (filmant surtout des séries télé, de Star Trek à Magnum, genre) et il faut bien reconnaître, à la vision de ce western, que le type est loin d’avoir un style incandescent… Certes. Techniquement, sans faire de mauvais esprit ou en ajouter une louche, on distingue même ici ou là quelques petites « faiblesses » au niveau du cadrage - parfois un peu hésitant - et au niveau du montage - parfois un peu « heurté ». Mais, mais, mais, ceci dit, Firecreek  bénéficie d’un casting très solide (Stewart, Fonda, Elam sans parler des apparitions féminines telles que celle, magique, d’une Inger Stevens disparue résolument trop tôt), d’un scénar plus malin qu’il en a l’air - surtout dans le dernier tiers - et d’une bande originale chiadée (Alfred Newman à la baguette) capable de distiller une ambiance terriblement pesante. Sous ses allures de série B, voilà un western plus retors que prévu.

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Un bled plus calme qu’un cimetière occupé par une population à la moyenne d’âge plus élevée qu’à Vichy : c’est calme, calme, calme, plan-plan-plan  et rataplan.  Surgit, en milieu de journée, une bande de cinq hors-la-loi : le chef, Fonda (les yeux plein de sagesse malgré un passé forcément tumultueux), est blessé ; les quatre autres larrons, eux, ne semblent vouloir penser qu’à trois choses : picoler, violer, piller (et accessoirement tuer, si on les en empêche). On connaît la suite : des petits vieux penchés à leur fenêtre qui s’inquiètent, de jeunes servantes qui ne peuvent se permettre de tourner le dos à leurs clients (main au cul garanti) et un shérif (Stewart) qui ne peut que serrer des fesses et fixer ses chaussettes en attendant que ça se passe : il ne sert à rien d’envenimer la situation, ces cinq-là ne sont que de passage…

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L’une des très bonnes idées du scénario, au niveau de ses deux acteurs phares, est de ne pas tomber dans le manichéisme à outrance : Stewart est un bon pater familias (bobonne et deux têtes blondes, un troisième en route), un shérif qui tente de se tenir au-dessus de la mêlée (préconisons la discussion au coup de feu irréfléchi) : rien à dire. Mais, nous laisse-t-on entendre ici ou là,  s’il n’était finalement qu’un couard, ou pire, qu’un type qui, au nom de la tranquillité, a laissé tomber en route tous ses rêves ? Un genre de sage un peu creux, comme une sorte de bouddha en plâtre - mouais, la métaphore vient de loin… Fonda, lui, contrairement aux quatre lascars infernaux qui l’entourent, n’est surement pas un ange mais semble aspirer dorénavant au repos : après une vie où il a tenté de passer entre les balles, notre homme veut s’assagir et couler des nuits paisibles entre les bras d’une femme (Inger Stevens, deneuvienne par sa blondeur et puis une vois si suave…). Dans le regard éteint de Stewart, il manque un éclat, dans celui transpercent de Ford, on sent la fatigue, la lassitude. L’un a eu une vie sans fureur, l’autre a connu la fureur sans avoir de vie. Les deux, à un âge avancé, lassés, se retrouvent finalement à la croisée des chemins.

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Blessé moralement (sa femme qui finit par lui avouer qu’elle regrette de s’être enterrée dans ce bled), et physiquement (Fonda, voyant le Stewart un peu excité, lui tire une balle dans la cuisse pour le calmer), Stewart veut montrer dans le dernier quart d’heure que le vieux lion n’est pas mort. Face à ces individus qui veulent mettre la ville à feu et à sang, il y a un moment où il faut réagir, où il faut agir - ce qu’il a dû oublier de faire ces trente dernières années : il n’y a que lui pour montrer la voie, les gens du village ont depuis longtemps perdu la foi (la vraie, celle qui donne du courage pour défendre des valeurs humanistes). Face à lui, des sauvageons cons comme des balais et un Fonda droit comme une Jane, inoxydable.  Un duel entre deux hommes à l’aube de la vieillesse, un duel entre deux hommes qui ont finalement encore tout à prouver (l’un dans sa capacité à se rebeller, l’autre dans celle d’aimer, d’inspirer l’amour) : il y aura forcément un perdant.  Le film est avare en rebondissements (heureusement il y a trois figures féminines de toute beauté : la blonde veuve Inger, la douce Indienne avec un mioche sur les bras, la jeune blondinette écervelée) mais il y a des ambiances qui font froid dans le dos : il y a notamment une scène macabre (convier toute la ville à venir trinquer et faire la fête… avec un mort) relativement hallucinante. On sent d’ailleurs tout du long que le film peut partir en live en un clin d’œil (une beuverie qui dégénère, des instincts sexuels qui partent en frisbee …). Le rythme s’accélère finalement dans le dernier quart d’heure (des révélations qui blessent, une vengeance honteuse (pour les assassins comme pour les villageois), des coups de feu qui partent…) et met le feu aux poudres à un Firecreek  jusque-là un peu « tendre ». A voir donc, pour le regard hagard de ses stars, pour ses charmantes héroïnes et pour un scénar, au niveau des personnages principaux, tout en fines nuances.

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Go west, here