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Hawks se plaît à nous faire découvrir les mystères profonds de l’Arabie (et quelques clichés, certes)… Dès la première séquence, il est question de beauté sauvage (magnifique cavalcade de chevaux dans le désert), de violence (un déserteur s’agenouille pour être égorgé sous les yeux des badauds) et « d’irrationnel » (le sabre s’abat, le muezzin entame son chant, le déserteur sera épargné grâce au timing d’Allah). On a en germe les « thématiques » qui seront appliquées à l’histoire d’amour entre Fazil, ce prince arabe (Charles Farrel) et Fabienne, cette jeune parisienne vive et naïve. Cette passion, puisqu’il en s’agit d’une, sera des plus mouvementées : s’il y a une indéniable attraction des corps entre les deux jeunes gens (dès leur deuxième rencontre, lors d’une valse collé-serré aux allures de zouk, les corps de Fazil et Fabienne se collent l’un à l’autre et leurs premiers baisers seront fougueux), leur différence culturelle ne va cesser de remettre en question cette «association» : il est jaloux et possessif (pourtant, on sent qu'au départ, les femmes, c'est pas trop son truc : on lui offre une à demi-nue et il a cette réflexion limite machiste : "un cheval ou un chameau serait plus utile" - on ne peut pas lui donner tout à fait tort, s'il pense à traverser le désert, il oublie tout de même en passant qu'un cheval ou un chameau, pour faire la cuisine... bien sûr), elle se veut libre comme l’air... Un mariage inter-culturel, en quelque sorte, qui part sur de mauvaises bases.

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Il y a résolument de très beaux moments dans Fazil, film certes muet mais accompagné tout du long par une musique originale assez envoûtante. Le «coup de foudre» à Venise, notamment, est assez symptomatique de ce que sera leur futur amour : leurs regards se croisent - ils ne sont séparés que par un canal, chacun dans leur appart - , le regard de Fazil devient halluciné, la jeune femme est attirée mais elle opère un léger mouvement de retrait - le ballet entre les deux a déjà commencé. Lorsqu’ils se retrouvent lors de ce bal vénitien, les deux amoureux sont seuls au monde - Hawks vidant la piste des figurants par un joli petit effet de montage - et le Fazil ne tergiversera guère lorsqu’il s’agira de fondre sur sa proie : un ptit tour pour prendre l’air, une gondole qu’on alpague et c’est parti mon kiki. Les deux amants brûlent les étapes (lorsqu’ils se retrouvent à Paris, ce n’est point pour se la jouer romantique mais pour profiter au maximum du progrès en marche : voiture fendant l’air, bateau fendant les eaux, nos deux doux dingues s’amusent dangereusement, aveuglés par leur amour. Petite parenthèse : s’agirait-il du premier baiser cinématographique sous l’eau ? On n’a pas Pierre Tchernia sous la main, dommage… Seulement il est bien beau de jouer les tourtereaux, la réalité reprendra vite ses droits et les premières disputes d’éclater : tu es ma femme, donc plus d’amis (clash puis retrouvailles en « Arabie ») ; tu es mon mari donc plus de harem ni de seconde femme (tu abuses mais je veux bien faire un effort)…

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Hawks, justement, nous régale (le plaisir des yeux of course… du mâle ? Nan, pas seulement…) avec cette scène de harem : femmes alanguies et dangereusement vêtues (les mini-shorts et les mini-jupes étaient déjà diablement en vogue à la fin des années 20… enfin au moins en Arabie…). Des beautés sauvages et revêches mises en cage (eh tiens, prends un coup de talon haut sur ton jarret, connasse !) dont réussira à se débarrasser notre amie Fabienne… avant de se retrouver à son tour en cage. Ses « courageux amis français » (une belle bande de bras cassés, soit dit en passant…) viendront à la rescousse pour la faire sortir de ses appartements… Mais la violence, disais-je, et l’ « irrationnel » (une vraie passion ne peut se vivre que dans l’éternité, je vous renvoie à Rémi de Gourmont) reprendront leurs droits lors d’un final animé, lors d’un dénouement fatal. Hawks est déjà un génie du montage (un film constamment en « mouvement » qu’il s’agisse des scènes intimes (à chaque plan, la caméra se rapproche inexorablement des amants, dynamisant ainsi l’ensemble de la séquence grâce à un angle de vue, « d’approche » jamais figé), des scènes de dispute ou d’action - la dernière ligne droite est littéralement pétaradante ; il y aussi ce très beau travelling arrière lorsque Fabienne, effarée, pénètre dans ce harem où les femmes n’ont ni froid aux yeux ni… euh…  ailleurs. Une belle histoire passionnelle et déjà une réussite hawksienne.

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Howard, ô désespoir,