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Un virage dans la carrière de cinéaste d'Amalric, le voilà qui s'attaque au polar "à la française", un genre en soi, surtout qu'il s'agit de l'adaptation d'un roman de Simenon (déjà narré par mon collègue, complémentarité au taquet). C'est le premier souci : embourbé dans son dandysme littéraire coutumier, et qui lui va bien au teint je ne dis pas, Amalric a du mal à se dépatouiller des vieilloteries de Simenon : dialogues précieux (surtout ceux concernant le sexe), situations dignes d'un Tintin, interrogatoires de flic à gabardine et surtout enquête policière complètement anachronique. Assassiner des gens avec de la confiture empoisonnée, ça peut passer dans un vieux Club des Cinq ; dans un vrai polar, moins. Amalric, peu conscient de la ringardise du scénario, modernise pourtant l'ensemble, replace ça dans un contexte contemporain, mais sans changer le style. Résultat : on n'y croit pas une seconde, et on a souvent l'impression, au niveau scénar, de se retrouver dans une dramatique ORTF d'il y a 60 ans.

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Le gars est pourtant habile (tout comme l'était Simenon, si j'en crois Shang) pour retarder le plus possible les informations. Pendant une grande partie du film, on ne sait pas qui a tué, certes, ça c'est normal ; mais on ne sait pas non plus qui a été tué, ce qui apporte une petite touche de cruauté délicieuse. Amalric est accusé de meurtre, bon. Mais qui a-t-il tué ? Sa maîtresse trop envahissante qui menace son confort bourgeois ? Sa femme qui l'empêche de vivre sa passion amoureuse ? Sa belle-mère, qui ne l'aime pas ? Très adroit d'arriver à nous faire tenir sur un joli suspense tout en nous cachant l'essentiel du drame. On suit donc, dans une succession d'allers-retours entre flashs-back et présent, l'interrogatoire que subit ce brave bourgeois face à un juge implacable. Ces scènes de commissariat sont les plus réussies : Amalric a un vrai sens du huis-clos, et la variété de ses angles donne une belle énergie à un exercice de style qui pourrait être fastidieux : dialogues infinis, pas de mouvement, des répétitions, et pourtant on est bien tenus.

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C'est beaucoup plus laborieux dès qu'on sort de cette pièce. Trop pressé sûrement, Amalric bâcle ses scènes extérieures. Montage aléatoire, direction d'acteurs médiocre, technique dans les chaussettes. Mon conseil : dans un film, regardez les figurants, et vous aurez une idée du soin qu'un réalisateur a mis dans son projet. Dans La Chambre bleue, les figurants sont empruntés, on a l'impression de lire les consignes qu'on leur a données, tellement ils semblent téléguidés. Tout le film est ainsi, sentant l'amateurisme et le vite-fait. Si Amalric acteur est plutôt très bon dans ce personnage fiévreux et dépassé, ses partenaires sont dirigées avec simplisme : Stéphanie Cléau caricature sa femme-mante religieuse, tout est tellement fait pour la rendre froide et opaque qu'on se doute très en avance de son innocence ; Léa Drucker n'a rien à défendre, et se retrouve prise dans des scènes impossibles (discuter avec son mari en tenant chacun un bout de guirlande de Noël par exemple). Amalric voudrait bien pourtant se la jouer sexuello-romantique, sulfureux et moderne : il filme le sexe de sa maîtresse en gros plan, joue sur les ambiguités des relations amoureuses, s'amuse de montrer cette sexualité au milieu d'une province tranquille ; mais, mis à part la splendide musique tourmentée et herrmanienne de Grégoire Hetzel, le souffle manque pour parvenir à une vraie exaltation des sentiments. On reste au ras des situations, souvent complètement invraisemblables, et on se retrouve avec un très sage polar de début de soirée sur FR3, où le Colonel Moutarde assassine Mademoiselle Rose avec un chandelier dans la cuisine.  (Gols - 23/10/14)


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Ah la confiture de prunes, la fameuse confiture de prunes... Je pensais que mon comparse avait eu la dent un peu dure avec le dernier film d'Amalric, mettant cela, en partie, sur le compte de la confiture de prunes : je ne suis pas sûr qu'il l'apprécie à sa juste valeur alors que j'en suis friand. Mon Dieu, difficile de ne pas aller dans son sens après la vision de ce téléfilm FR3 (au format 1,33:1 !!!! Cela existe-t-il encore ou c'était une promo, une fin de stock ?) qui n'a rien de vraiment personnel ou encore d'original (la musique, mouais... bien aimé pour ma part le juge, Poitrenaud, mou, calme, plan-plan qui se fond parfaitement dans la déconfiture de l'ensemble - Léa Drucker est vraiment transparente même avec une guirlande autour du cou). Les quinze dernières minutes sont un véritable sacerdoce (le film se serait arrêté au bout de 57 minutes, personne ne serait venu se plaindre...) - ah si, il y a le truc de la chambre (de justice) bleue : tu l'as vu le clin d'oeil, tu l'as vu ? Il y a en plus cette volonté terrible de désigner clairement un coupable - coupable qui d'ailleurs sort presque de nulle part, Amalric ayant pratiquement gommé ses relations avec l'une des victimes - alors qu'une petite part de mystère n'aurait pas fait de mal à l'affaire. Mais non, bon diou, faut aller jusqu'au bout de la logique, que tout soit clair, bon sang... Les personnages n'ont ni historique, ni relief et aucune séquence ne vient leur donner une chance "dans la longueur" ; pour ne pas faire "ennuyeux", devine-t-on, Amalric découpe ainsi au maximum ses séquences - des plans très brefs - mais cela ne suffit pas non plus pour donner au film du rythme, du sang, de la foi, de la passion, du... bleu, que sais-je encore ?... Raplapla et sans saveur - même Amalric, acteur, ferme de plus en plus les yeux à mesure que le film avance, comme s'il ne voulait pas assister lui-même au massacre. Si menon m'était conté, euh non.  (Shang - 08/11/14)

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