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Dernière oeuvre (télévisuelle) du grand Jacques Clayton qui décide d’adapter un célèbre roman de Muriel Spark. Il retrouve le fidèle Georges Delerue au niveau de la bande originale (du travail de velours, comme d’hab) et dirige une armada de vieux acteur anglais de haute volée (Maggie Smith, Michael Hordern, Renée Asherson, Stephanie Cole, Thora Hird...). Nous sommes dans les fifties et faisons rapidement connaissance avec toute une tribu de petits vieux liés par des histoires d’amour, des relations maîtres/serviteurs ou des accointances littéraires. Le point communs entre tous, c’est qu’ils reçoivent depuis quelque temps d’étranges coups de fil, un mystérieux quidam leur annonçant d’une voix qui n’est bizarrement  jamais la même « Remember you must die / Souviens-toi que tu dois mourir »… Une déclaration aussi glaçante que celle d’un corbeau dans une œuvre de Poe qui met tout ce petit monde en émoi…

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L’on passe d’un salon l’autre, d’une maison de retraite à un hospice, découvrant peu à peu le passé (plus ou moins glorieux) de ces vieux ainsi que certains de leurs petits secrets enfouis depuis des décennies. Un enquêteur à la retraite part à la recherche de ce mystérieux « informateur » de l’au-delà qui stresse plus ou moins nos vieilles gens… Si celui-ci semble insaisissable (et pour cause…), plusieurs informations, plusieurs faits viennent pimenter le récit : on découvre un mariage caché qui refait surface au moment d’un héritage, des chantages qui traînent depuis Mathusalem, des bisbilles entre poètes… On s’amuse des vices cachés de certains (le type qui fantasme sur les bas des femmes…), de certaines révélations tardives (un vieux couple qui finit par avouer ses infidélités), on s’effraie de certains actes violents (un cambrioleur aux manières particulièrement expéditives). Chaque enterrement permet à ce petit monde de se retrouver, de s’observer, la mort de l’un d’entre eux finissant of course par donner raison à cette mystérieuse voix fataliste…

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Ambiance à la The Dead avec ce casting hors d’âge : si Clayton s’amuse de quelques effets de montage (le jolie enchaînement entre le générique d’ouverture et la première séquence :  la pendule à l’arrêt à laquelle se superpose le cadran d’un téléphone - la mort a pris possession du réseau téléphonique…), c’est surtout la direction d’acteurs qui fait l’intérêt de cette nouvelle : qu’ils soient « lèvres pincées », qu’ils jubilent, qu’ils grognent (le vieux voyeur, excellent) ou qu’ils balancent, on sent que ces petits vieux ont un pied dans la tombe mais pas encore leur langue. On est, la plupart du temps, dans des scènes d’intérieur assez oppressantes, anxiogènes comme si l’air commençait à manquer à ces personnages at the end of the road. L’ombre de la mort plane, mais la truculence des personnages et des petites piques qui s’envoient font malgré tout de ce memento mori une sorte de joyeux moment sous respiration artificielle… Clayton adapte Spark et trouve l’étincelle.