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Un bon vieux film “familial” (dans le bon sens du terme, pas de niaiserie à la Disney) de notre ami Daves qui nous emmène au Wyoming dans le bien nommé parc de grand Téton. Chez les Spencer, on est neuf de génération en génération et l’on suit les hauts et les bas du bon vieux Henry Fonda et de sa femme Maureen O’Hara : Henry et ses huit frères - toujours prêts à lui filer un coup de main pour construire une baraque -, Henry et ses neuf enfants qui grandiront sainement dans cette vallée et qui, peut-être un jour,  finiront par la quitter…  Les Spencer ont toujours habité, de père en fils, ce coin de paradis, mais ils semblent prêts à s’ouvrir à d’autres horizons - du dur labeur sur le terrain au dur labeur des méninges, American dream quand tu nous tiens. Parmi la dernière génération, on suit surtout le parcours de l’aîné, qu’il s’agisse de sa réussite scolaire (sera-t-il le premier Spencer à rejoindre les bancs de l’Université ?) ou de ses premiers émois (chaud, chaud, chaud) amoureux.

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On pourrait craindre un excès de bons sentiments ou de catholicisme dégoulinant mais Daves ne mange pas de ce pain-là : le gars Henry, tout d’abord, jure comme un charretier, et s’il croit en un Dieu, ce n’est pas celui qu’une paroisse du coin lui imposera - après, il est capable, intelligemment, de faire des compromis ; il reste avant tout un homme de paroles. Certes, la gâte Maureen est un peu plus grenouille de bénitier mais ce n’est pas pour autant qu’elle parvient à contenir les premières tentations de son fils aîné (faut dire aussi que dans la vallée les jeunes femmes n’ont pas froids aux yeux, c’est le moins qu’on puisse dire… pauvre gamin qui doit se concentrer sur son latin et qui se voit proposer tant de propositions malhonnêtes (« viens avec moi pique-niquer au pied de Grand Téton,  vous voyez le genre). Parmi les différents fils rouges de l’histoire, pour revenir à des choses plus terre-à-terre, il sera question de la construction d’une maison de rêve par le Henry, de ses rapports avec le pasteur du coin ou encore  des difficultés de son fils, disais-je, sur la voie du savoir.

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Le Delmer Daves sait y faire pour nous livrer tout un panel de réactions : les éclats de rire (l’arrivée du nouveau pasteur, aspirant buveur et pauvre pêcheur…), les mines défaites (qui dit Daves, dit tragédie, et il y aura forcément son lot de morts soudaines), les espoirs, les désillusions et les espoirs (le fils aîné et son parcours du combattant pour aller à l’université), le rouge au front et la gorge sèche (le fils dont l’âme (et surtout le corps) ne peut avoir de repos, qu’il se retrouve à la bibliothèque ou en pleine nature : quelques scènes sympathiquement émoustillantes et gratinées pour la peine), la croyance en Dieu… et surtout en la sainte famille, plus solidaire et soudée que deux tétons.

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Daves surfe sur ces décors naturels et son savoir-faire pour nous livrer une petite chronique naturaliste revigorante. Henry Fonda en pater familias est forcément énorme : volontaire, amoureux, franc du collier, débrouillard, pugnace, il a les épaules suffisamment larges pour déplacer des montagnes ; la Maureen est, elle, sur tous les fronts pour s’occuper de cette famille exponentielle ;  l’aîné, enfin, se doit aussi d’être sur tous les fronts pour régler tous les imprévus et ils sont nombreux. On prend à la fois une bouffée d’air pur et une bouffée d’amour filial (et sexuel, moui). Non, ce n’est pas  le plus grand film de Daves mais l’un de ces bons vieux films parfaits pour un dimanche aprème alors qu’au dehors le monde s’écroule. Un peu de foi en l’humanité, en sa bonne volonté, en ses capacités à s’aimer ou à s’entraider,  on ne va pas s’en plaindre quand c’est réalisé avec un telle sérénité. Delmer fou de vie - résolument.

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