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Ooooh le beau film avec des cadres super chiadés et une trop belle lumière qui tombe ! Ouaouh trop fort les décadrages ! Ah non vraiment un beau film. Bon, le souci, c'est que quand les mirettes ont bien été rassasiées, c'est-à-dire environ 7 minutes après le début du film (quand même suffisant, dans le genre esthétisant), eh ben on se met à regarder aussi de quoi ça parle et ce qui se cache sous les ors du boulot du chef-opérateur. Et ce qui en reste, malgré l'indéniable ambition de son auteur, n'est pas grand-chose. Pas faute d'essayer, on est d'accord : Ida est une jeune fille façon Bresson, qui avant de prononcer ses voeux définitifs de bonne soeur, se doit de rendre visite à sa seule famille, une tante qu'elle n'a jamais vue. Celle-ci s'avère être une ancienne juge de criminels politiques, alcoolo et déchue, et lui apprend qu'elle est en fait juive et que ses parents ont été exécutés par des cathos pour leur piquer leurs biens. Les deux femmes, aussi opposées que complémentaires, partent pour une enquête à la recherche du tombeau des parents. Elles vont croiser un jeune homme qu'on croirait sorti d'un des premiers films de Forman, une famille de nerds et d'autres aventures sur fond enneigé.

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Identité fluctuante, foi en questionnement, et surtout histoire douloureuse d'un pays à l'antisémisme reconnu : vaste sujet pour un si petit film, qui aurait dû se contenter d'être une chronique d'une adolescente innocente face au monde inconnu et dangereux. Là, il vise la portée politique, il veut résumer toute un pan de l'Histoire (la spoliation des Juifs pendant la guerre) par le petit bout de la lorgnette. Or, sa petite héroïne n'est pas assez intéressante pour ça, réduite à une sorte de symbole, et complètement opaque : l'actrice joue à l'économie, ok, mais on a du mal à y croire. On se désintéresse un peu de la chose, malgré le caractère de la tante, intéressant. Sûrement parce que, ensevelie sous cette technique hyper-formaliste (un écran quatre-tiers rappelant l'école de Lodz (prononcez Woutch, sinon mon amoureuse polonaise vous éclate), noir et blanc presque bleuté, éléments principaux relégués en bord de cadre, lenteur calculée de l'ensemble), la vie meurt à petits feux. Au final, le film est froid et assez terne, le comble pour un bazar aussi appliqué à être beau. A projeter dans les ciné-clubs de sous-préfecture, succès assuré.