163942nanayoNanayo est une oeuvre délicate dans laquelle on entre sur la pointe des pieds, un film énigmatique et contemplatif dont l’on capte au vol les instants magiques. Une situation de départ qui emmène, doublement, Kawase, loin des sentiers battus : une Japonaise débarque en Thaïlande, rame pour trouver un hôtel et après quelques péripéties guère agréables (elle croit que le chauffeur de taxi veut la violer mais c’est juste un problème… de communication), se retrouve dans une pension perdue à la lisière d’une forêt. Elle y fait la connaissance de la tenancière spécialisée dans les massages et de son gamin, recroise le chauffeur qui n’est autre que le frère d’icelle (et n’est pas plus dangereux qu’une libellule) et rencontre un jeune Français homo (Grégoire Colin que je n’avais pas revu depuis tout petit) tentant de retrouver son équilibre. J’allais presque dire et voilà tout… Chacun parle dans sa propre langue (heureusement qu’il y a des sous-titres sinon le spectateur se tiendrait pendant tout le film en chien de faïence, tentant de sourire aux divers personnages sans rien comprendre) et même si les paroles partent souvent en fumée, cela n’empêche pas ces individus de vivre comme une vraie petite famille (avec des éclats de rire complices, des éclats de colère soudains et des moments de bien-être purement silencieux…).

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En deux répliques, on pourrait tenter de résumer la chose : lorsque la Japonaise (qui a des réminiscences des caresses d’un amant… fuit-elle ce passé douloureux ? Sûrement) avoue qu’elle trouve en cet endroit plus de « chaleur » [humaine] que chez elle. Et quand la tenancière insiste pour que son fils, un gamin haut comme trois pommes, se fasse moine : à défaut d’atteindre à la richesse matérielle, dit-elle (son père, un Jap apparemment, l’a abandonné), il aura droit à la richesse spirituelle. Deux ptites phrases glissées entre deux siestes mais qui tendent à rendre compte de l’esprit de la chose : c’est dans les attentions que l’on porte les uns aux autres (en pratiquant un massage (sans que celui-ci soit forcément réussi…), en prêtant son oreille aux confessions d’un autre (sans que l’on ait forcément besoin de comprendre ce qu’il dit)) ou dans la simple réflexion sur soi (en appréciant chaque minime variation du climat) que l’on peut trouver un semblant de joie, de zénitude…

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Comme dans la plupart des films de Kawase, la nature est omniprésente et filmée dans toute sa beauté, dans toute sa richesse : quand il pleut, le spectateur est humide, quand il vente, il frissonne. Kawase parvient à nous faire ressentir aussi bien la douceur d’une caresse (ou celle du vent) sur le bas du dos que l’odeur de pluie - ce qui n’est jamais évident. Tout comme dans Shara, enfin, Kawase conclue son film sur une longue procession où chacun, dans cette longue marche musicale, semble exprimer, par ses gestes, un moment de grâce, un certain bonheur retrouvé. Nanayo est un petit film fragile fait d’instants volés au tumulte du monde. Délicat et zénifiant.

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