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Prenez une vieille souche bien rude, vous obtiendrez la matière première de ce film de David Mamet, tant vanté par nos commentateurs assidus récemment. Heist est effectivement un produit artisanal fait à la main et à la sueur du front de son auteur, un de ces trucs qu'on vend sur les marchés bio et qui ne doit rien à l'industrialisation. C'est vraiment respectable de voir ainsi des cinéastes retrouver les gestes des anciens, polir patiemment leur ouvrage quand d'autres envoient des bazars formatés et froids. Bref : voilà notre Mamet, avec son tablier usé et ses mains pleines d'escarres, qui nous pond un scénario aux petits oignons doux que n'auraient pas renié ses ancêtres des années 40/50.

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Joe Moore (Gene Hackman, sobre, très bien) est un vieux briscard du braquage, capable de vous détrousser une bijouterie en 7 secondes et sans un cadavre. Mais la retraite est proche quand débute le film, et si un méchant commanditaire (De Vito, sobre, très bien) ne le faisait chanter pour qu'il entreprenne le fameux "dernier coup avant la retraite", il partirait bien dans les Galapagos ou je ne sais où avec sa superbe fiancée (Rebecca Pidgeon, popopo c'teu bomb sobre, très bien). Un dernier coup qui va s'avérer particulièrement ardu puisque s'y adjoint un jeune chien fou (Sam Rockwell, hein ?) qui va tout faire foirer. Toutes les 2mn 20, notre pauvre Gene Hackman assiste à un twist, les manipulés s'avérant être les manipulateurs, alors qu'ils sont eux-mêmes manipulés par des méga-manipulteurs, à moins que le grand manipulateur final soit, mais non, attendez il y a un rebondissement, mais alors ça voudrait dire que, mais non, parce que attendez, etc etc. Le petit jeu du chat et de la souris se déroule peinard sur les 90 minutes de la chose, plaisir de ces bons vieux polars à tiroirs complètement invraisemblables mais fun. C'est vrai qu'au 10ème coup de théâtre (il en reste 63 derrière), on se lasse un peu de s'ébahir devant la surprise, et que la dernière demi-heure est même très fatigante. Mais bon, c'est amusant, d'autant que l'écriture des dialogues est remarquable, avec pas mal de petites répliques impeccables. Ma préférée : "ce mec est tellement calme que le soir c'est les moutons qui le comptent", ou ce dialogue que je vous laisse découvrir sur les vertus de posséder une Bible.

Heist

On pourrait penser que Mamet sacrifie tout au scénario... c'est un peu vrai. Le film est un peu terne par ailleurs, photo fonctionnelle, musique quelconque, mise en scène certes très lisible et claire mais souvent fade. Pourtant, dans les moments où il faut être présent, Mamet y est. La séquence d'ouverture, le braquage d'une bijouterie, est impeccablement montée et dosée, dans ce réseau d'échanges de regards, de signes discrets, dans cette façon de montrer des professionnels au travail, sans fioriture ; avec en plus cette petite touche de glamour apportée par Pidgeon. On croirait la scène tirée d'un de ces bons vieux polars élégants à l'anglaise. De même, dans la scène centrale du pillage de l'avion suisse (oui, c'est ça, le "dernier coup avant la retraite"), on retrouve ce rythme, ce savoir-faire complexe mais faisant mine d'être simple. Deux moments assez forts pour faire oublier que le reste, ma foi, est simplement plaisant. Pour résumer : fun, agréable comme un vieux rhum au coin du feu, et pis sobre, très bien. Cela dit, je préfère De Palma (bim).