vlcsnap-2014-08-29-18h59m01s80

Et un petit Raoul de derrière les fagots, c'est pas beau ça ? Enfin plutôt de dessous les fagots puisqu'il est question de creuseurs de tunnel, un métier dont on parle finalement assez peu. A ma droite (...), les gars de Brooklyn : à la tête de la team, on retrouve Edmund Lowe et surtout Victor McLaglen (le type te fout une baffe, tu te retrouves en orbite), une paire qui perfore. A ma gauche, les gars de New York emmenés par le solide Charles Bickford. L'enjeu est simple : creuser le plus vite. La finalité est claire : mettre une grosse baffe au leader d'en face quand les deux tunnels se rejoignent. La chose est courte (à peine 70 minutes) mais Walsh parvient tout de même à y glisser une donzelle : on se dit que les deux gars vont forcément tomber amoureux de cette petite journaliste interprétée par la pétillante Florence Rice (dont la carrière fut malheureusement un peu météorique) ; eh bien oui et non. Certes, ils ont un petit faible pour la demoiselle mais ne se battent pas vraiment pour elle - McLaglen ayant déjà une fidèle supportrice en la personne de Marjorie Rambeau (non, aucun lien de famille) ; le vrai motif de la querelle entre les deux potes va en fait survenir leur lieu de travail. McLaglen veut commander coûte que coûte, quitte à mettre ses hommes en danger ; Lowe est là, lui, en cas de crise (il n'hésite pas à assommer son pote pour prendre les commandes) quitte à recevoir ensuite les foudres de son ami qui ne supporte pas toute remise en cause d’autorité (qu’il est tort ou raison, un peu comme Valls en fait)... Il se fera même virer par son vieux frère mais les circonstances vont réunir les deux hommes pour terminer le travail dans la joie...

vlcsnap-2014-08-29-18h59m30s122

Ce qui est bien avec Walsh, c'est que le décor, la mise en scène et la crédibilité des personnages sur leur lieu de travail (quitte à ce que « l'intrigue » finisse presque par passer au second plan...) ne sont jamais négligés ; dès qu'on entre dans ce tunnel mortel, on se sent comme asphyxié, pris à la gorge, presque en proie nous-mêmes au danger (dangers qui sont multiples : explosion, problème de pression, inondation...). McLaglen hurle ses ordres à sa horde d'ouvriers (quand tu vois dans un coin les deux gros blackasses qui cassent de la pierre, tu dis qu'il ne serait pas bon de laisser traîner ses doigts), sa masse tente de se glisser dans chaque interstice de l'endroit pour venir en aide à ses gars (surtout en cas d'urgence) et même s'il a la sale et ridicule habitude de se cogner au plafond, on sent qu'il règne là en maître (c'est bizarre ce décor rond - n'ai pas pu m'empêcher de penser au Metropolis de Fritz Lang, pas vous ?). Ça sent la sueur - elle ruisselle sur ces corps sous pression... -, aucun type n'a d’ailleurs l'air de figurants mais bien de mineurs de fond (aucune chance de croiser Renaud, mon pote, c'est clair). Walsh ne va nous épargner aucune des avanies pré-citées : des murs qui lâchent, du sable qui s'écoule en tonne, de l'eau qui ruisselle dans tous les coins, des incendies qui se propagent à la vitesse de la lumière dans ce lieu si sombre, des explosions qui provoquent des geysers jusqu'à la surface de l'eau. Un carnage. Et McLaglen qui plie mais ne rompt point. Quoique…

vlcsnap-2014-08-29-19h01m37s149

McLaglen est héroïque, sur tous les fronts, mais payera cher la plaisanterie : à force de négliger la forte pression de l'air en ce lieu, ces jambes risquent d'être paralysées à vie (c’est un symptôme, demander à votre médecin si vous n’avez pas confiance]. Les circonstances de l'histoire prennent carrément le pas, disais-je, sur la mince intrigue amoureuse ; du coup, on se focalise plus sur le lien entre les deux hommes qui combattent et jouent leur vie en ce trou, sur cette relation d'amitié - à la vie, à la mort. Il y aura des ptits ratés mais les deux poteaux seront s'allier dans la dernière ligne droite. Un film de Walsh relativement spectaculaire, plein de bruit et de fureur malgré l'exiguïté des décors, un beau film d'hommes en action... et d'amitié, dans l'adversité. 

vlcsnap-2014-08-29-19h02m24s104

 

Walsh et gros mythe,