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Outrage était un (médiocre) copier-coller des films de yakuzas de Kitano ; Outrage : Beyond est un (poussif) copier-collé d'Outrage : à croire que notre Takeshi est de plus en plus conceptuel, inventant au fur et à mesure de films peu inspirés la théorie de la mise en abîme en abîme. Que dire de ce cinéma usé, qui nous montre un ancien grand cinéaste au bout du rouleau, complètement perdu au milieu de ses panoplies trop étroites et ses motifs pleins de poussière lui rappelant l'ancien temps ? D'abord qu'on s'y fait beaucoup chier, c'est un fait.

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La grosse première moitié est constituée de dialogues à rallonges dans des bureaux, où on devine que s'affrontent deux clans rivaux (avec chacun 11000 ramifications) fomentant chacun une vengeance sanglante. Ces messieurs en col blanc ont désormais perdu tout sens de l'honneur, et mettent même à leur tête des petites frappes brutales, jadis simples gardes du corps et qui subitement deviennent des pontes. Face à la perte des valeurs criminelles (...), notre Takeshi ressucite du précédent volet et vient jouer les farfadets entre les deux camps. C'est donc, comme le premier opus, une série de règlements de compte au sein de la maffia japonaise, mais ici poussée à un degré d'abstraction total : on ne sait jamais qui est qui, dans quel camp est le nouveau tueur, de qui on parle ou qui est mort. Du coup, on baille en attendant que ça charcle un peu, en se souvenant qu'au moins, dans Outrage, il y avait une sorte d'humour froid totalement absent ici. Comme si Takeshi, en vieillissant, finissait par croire dur comme fer à ces gangsters à la con. On préférait nettement les mêmes gangsters qui jouaient comme des gosses sur la plage dans Sonatine.

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Une fois cette interminable suite de discussions terminée, c'est le temps des trucidages en masse, on se dit donc qu'on va être payé de notre patience. Que foin (ça se dit, "que foin" ?). Mise à part une marrante mise en scène à base d'assommage à répétition avec des balles de base-ball, c'est là aussi une suite sans muscle de coups de feu, de gars qui s'entretuent dans des grosses cylindrées et de compères qui pissent dans leur froc avant de ramasser la balle qui les achèvera. Kitano fait son chien fou dans une ou deux scènes, mais ne bluffe personne : il est clair qu'il n'a pas envie d'y aller, pas envie de faire ce film, pas envie de jouer ce personnage usé jusqu'à la corde. Même si les cadres sont toujours aussi parfaits, même si on sent bien encore ça et là la trace d'un grand cinéaste, on en tire la conclusion qui s'impose : Kitano a l'air fini. Je préférais, à tout prendre, ses films maladroits et malades de sa période dépressive. Ici, il va au taff comme d'autres vont au charbon.

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