9782330035976,0-2239991Du Sexe est un titre accrocheur pour un bouquin qui aurait pu aussi s'appeler "Des désarrois de l'homme moderne face aux femmes d'aujourd'hui, et des façons, politiques essentiellement, de les régler". C'est plus long, certes, mais ça donne une idée non seulement du contenu (sociologico-romanesque) et du style (lourd et alambiqué). Le Roy joue sur le genre très à la mode en ce moment de l'étude scientifique mise au service du roman (Houellebecq et plus récemment Bellanger se sont essayé à la chose avec nettement plus de brio) : il raconte la grandeur et la décadence d'un petit parti politique fondé sur une idée, la république binominale. En gros, ça veut dire partager chaque poste de la vie professionnelle et politique en deux, et mettre systématiquement un homme et une femme aux manettes. Une façon de prolonger la parité au maximum, en quelque sorte. Trois personnages sont à la tête du parti : un politique légèrement verreux, Simon, d'ailleurs inélligible, et qui veut se refaire une santé avec cette idée ; son frère, Eliel, petit mec féru de sociologie ; et Hana, fille secrète du président actuel, comptant solder quelques comptes avec son paternel en même temps qu'avec les hommes. On suit donc la formation de ce parti en parallèle avec les affres sexuels de ses protagonistes, dans une sorte de portrait en coupe de la perte des repères identitaires de ces messieurs-dames.

Intéressant, je ne dis pas, d'autant qu'au niveau purement théorique, la thèse de Le Roy tient debout. Le gars semble avoir été jusqu'à commander une étude de faisabilité de son parti, et il est vrai qu'il est très convaincant dans son projet de partage des taches. Il va loin dans l'analyse, dans l'essai politique, et on aimerait bien, tant qu'à faire, voter pour lui. Il allège la lourdeur de la théorie par un côté purement romanesque, qui ne s'interdit pas un humour caustique et cynique du meilleur effet, travaille même sur les contre-points et les hiatus entre fiction et réalité, c'est bien. Les scènes de cul, notamment, sont parfaites, drôles et cliniques en même temps, presque aussi techniques que ces longues pages d'explications politiques. Le gros souci, finalement, c'est l'écriture, vraiment impossible, pataude, maladroite, qui multiplie les longues phrases mal équilibrées et les tics de petit malin. On est absolument noyé sous les mots, les formules et les théories et on aurait bien aimé pourtant avoir un peu d'air. La trame romanesque a du mal à prendre, à devenir vraiment intéressante. Comme essai, intrigant mais lourd ; comme roman, raté.