9782330035938,0-2240003Biancarelli est un malin : il est allé chercher une trame qui a déjà fait ses preuves (True Grit de Charles Portis), et l'a transposée dans le décor le plus photogénique qui soit (la Corse du XIXème siècle, ses montagnes arides et ses sols rugueux). Deux éléments forts qui suffisent à notre bonheur, et font oublier toutes les autres exigences, secondaires il faut le reconnaître, du roman : l'écriture par exemple, ici lourdaude quand elle n'est pas maladroite et moche quand elle n'est pas lourdaude. Ce n'est pas que le gars ne s'essaye pas au style, visant même parfois un lyrisme naturaliste à la Giono, mais décidément l'écriture n'est pas le talent qu'il a le mieux reçu en partage. Dès la deuxième page, on trouve une phrase aussi pataude que : "Il lui arrivait de réajuster sa charge péniblement, nerveusement même, de s'accroupir à cet effet tout en blasphémant, puis elle reprenait son pas et on l'aurait dit comme une bête traquée", autant dire qu'on renonce vite au style.

Mais une fois n'est pa coutume, je n'ai pas fermé sèchement le livre pour autant. Parce qu'il faut reconnaître que Biancarelli, s'il écrit mal, raconte bien, et que son histoire est méchament addictive. Comme dans son alter-ego de western, Orphelins de Dieu raconte les rapports entre une jeune fille et un brigand, celle-ci ayant engagé celui-là pour une mission carnage en vue de venger son frère : le tueur doit retrouver et assassiner quatre membres d'un clan. Le vieux gars en profite pour raconter à cette gamine peu farouche son passé de bandit de grands chemins, revenant sur la camaraderie qui le liait aux membres de son clan sanguinaire et les exactions qu'ils commirent et qui le hantent sans cesse. Violent et sauvage, le récit se charge d'une sorte de brutalité ancestrale, comme si toute la violence des hommes (et en passant, celle de la Corse, le livre se montrant finalement très actuel) était convoqué à travers ce personnage de "L'Infernu". Au milieu de la nature, les hommes s'entretuent, se trahissent, se pourchassent, se torturent, et Biancarelli ne nous cache rien des détails de ces crimes barbares. Même s'il échoue un peu à rendre vraiment intéressant le personnage de la fille, qui aurait pu représenter une sorte d'innocence perdue, il excelle à transformer son histoire en récit d'aventures, et la charge en plus d'une sècheresse qui confine au gore. Pari audacieux, qui plus est : faire de cet assassin sans quartier le vrai héros légendaire de son histoire, un être mythologique et spectral qui endosse à lui seul tout le passé de barbarie de son pays. Comme en plus il y a pas mal de suspense là-dedans, et que c'est assez habilement monté entre narration au présent et flashs-back, on suit la chose avec intérêt, c'est vrai, même si on soupire souvent devant les tentatives ratées de faire de la littératûûûre. Pas mal.