"Marcel Duchamp est l'incarnation de la Liberté, la plus farouche et la plus prime-sautière, et de l'art de vivre en faisant à chaque instant exactement ce que l'on a envie de faire, sans servitude de gloire ou de gain, et sans blesser autrui. Sa fantaisie, chose rare, a un respect naturel et une curiosité aiguë pour les fantaisies des autres - qu'elle cherche et stimule. Sa bienveillance native le pousse à rendre service, dans le domaine de l'esprit, dès qu'une occasion s'offre, aux plus humbles comme aux plus huppés. - C'est pour cela qu'il n'a pas le téléphone : tout son temps y passerait."      H-P. Roché

9782940159499,0-1448624Bienveillant ami Gols qui est allé me dénicher ce bien bel objet tiré à 1500 exemplaires. Vous avez en face de vous un des spécialistes mondiaux d'H-P Roché, je dis ça, je dis rien, les deux Reliquet se montrant absolument remarquables et imbattables dans tout ce qui concerne les notes de bas de page. Que nous disent donc ces fameuses correspondances ? Oh, presque rien, pourrait-on dire, si tant est qu'on ne soit guère intéressé par les multiples tractations d'œuvres d'art (de Brancusi, de Duchamp...) entre les deux hommes ou avec de (vrais) collectionneurs d'art ou des musées. Presque rien, si ce n'est cette capacité à faire revivre toute une période artistique de la première moitié du XXème siècle et surtout à exposer l'indéfectible amitié entre le créateur et ce "passeur" d'art. Presque rien et donc presque tout tant il est appréciable de voir s'exprimer ces deux gentlemen-don juan qui évoquent avec une terrible humilité leur travail, leur sens créatif pour Duchamp, leur flair pour Roché. Les deux hommes furent pratiquement toute leur vie séparés, s'écrivirent donc beaucoup (dommage que Duchamp ne fut pas aussi consciencieux que Roché quant à la préservation de leur correspondance - peu de lettres de Roché, au final, composent ce recueil) mais l'on devine entre les lignes que chacune de leurs retrouvailles fut une véritable fête. On est un peu déçu que Roché, notamment, n'évoque que très superficiellement l'écriture de ses trois romans (l'un, inachevé, sur Duchamp justement) mais cela donne forcément envie de se replonger aussi bien dans ses œuvres romanesques (Gols sourit) que dans ses écrits des plus pertinents sur l'Art (aux éditions André Dimanche, un peu de pub pour ce formidable éditeur dévoué à Roché dont l'essentiel des écrits - les fameux Carnets - se trouve aujourd'hui à Austin, au Texas). Une correspondance qui fait honneur à la complicité entre ces deux personnalités dévouées humblement à l'art. Pointu, certes, mais vivifiant.