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Premier film d'Eli Roth, réalisé à 30 ans, on ne s'étonnera point que le gars commence par cet hommage premier degré à ses maîtres, les réalisateurs de "slashers" des années 80. Comme dans 90% des productions gore de ces années-là, nous est racontée l'histoire d'une poignée d'adolescents décérébrés et baiseurs qui décident d'aller passer un week-end dans une bicoque isolée au fond des bois, dans une région peuplée de freaks consanguins et de légendes glauques. Mauvaise idée, bien sûr, puisque chacun d'eux finira dans d'atroces souffrances avant la fin des 80 minutes, souffrances dues ici à un cradingue virus autant qu'à de sales coups de tournevis dans l'oreille ou de mesquins coups de fusils à pompe dans le bide.

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Roth égrène métronomiquement les clins d'oeil aux aînés, et c'est même un des charmes de son film : l'accro aux films d'horreur reconnaît chaque motif, et Cabin Fever possède ainsi une jolie force de souvenir, une sorte de nostalgie attachante. Sans distance (on n'est pas chez Tarantino, même si Roth a joué dans les films du Quentin), avec un premier degré et un respect étonnants, le film revient sur quelques motifs anciens, notamment ceux des premiers Wes Craven dont il conserve une sorte d'humour morbide qu'on croyait disparu. Chaque nouvelle scène semble être un hommage, tous les grands noms y passent. Ca donne bien sûr un scénario complètement décousu, un grand n'importe quoi dans la mise en scène, mais ça donne aussi un côté très personnel à l'entreprise. D'autant que Roth y adjoint la musique d'Angelo Badalamenti, et que c'est vraiment une bonne idée : elle vient en complet porte-à-faux de ce qu'on voit à l'écran et le soin que Badalamenti apporte à l'orchestration (ah ces magnifiques violons, cet orchestre symphonique convoqué pour produire un simple grincement, on est entre Herrmann et Elfman) tranche avec le côté amateur et artisanal du reste du film.

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J'ai fait à peu près le tour des qualités de la chose, les défauts étant qu'à force de rendre ses hommages et de chercher son style (entre parodie et vrai respect du genre), Roth passe à côté de tout le reste ; et que du coup, son film ne fout jamais la trouille. Etrange de voir comme le futur réalisateur du glauque Hostel est ici frileux face au gore ou même à la violence : tout se déroule hors champ, sagement, et le film retient sa brutalité pendant au moins 1h15 avant de la lâcher (mollement) dans les 5 dernières minutes. Le film vise trop clairement un public ado, et lisse complètement son style ; c'est ballot pour un film de slasher. Du coup, on s'ennuie pas mal, tous les défauts sautent aux yeux (les acteurs, le montage un brin putassier et en même temps d'une pudeur de fillette), et on se dit qu'on ferait mieux peut-être de revoir La Colline a des yeux que des ersatz médiocres comme celui-ci.