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Premier film de Ferreri, ce sera à peu près la seule chose intéressante à dire de ce film absolument terne et sans saveur. Depuis la lointaine Espagne, le Marco voudrait bien nous trousser une comédie à l'italienne pur beurre, et s'adjoint pour ce faire un scénario complètement dans cette veine-là : l'histoire d'un pauvre type qui, pour pouvoir se marier avec sa fiancée et obtenir un statut social élevé, est contraint d'épouser en premières noces une petite vieille, histoire de récupérer l'appartement qui lui appartient. On devine le reste : les jalousies, les gags sur la vieille qui ne se décide jamais à trépasser, les arnaques diverses et variées, etc. Sauf que, non : Ferreri, une fois son sujet trouvé, piétine au seuil de son film, ne rentrant jamais dans le vif du sujet, échouant à tous les postes, et celui de l'humour et celui de la satire et celui du portrait social. On aimerait que ça pète le feu, que ça rugisse et que ça fasse tomber les têtes de cette classe moyenne pitoyable ; ce ne sera jamais le cas, on restera dans la gentillette étude de moeurs pastel.

el-pisito

On sent la critique sociale, le portrait d'un pays en crise contraint à brader ses valeurs morales pour parvenir à ses fins, et le film s'ancre dans un décor moderne qui prolonge cette intention : grands HLM moderne, rues grouillantes de monde autour des magasins, etc. La société de consommation s'organise, et les sentiments amoureux en font partie, les personnages étant peu regardants sur l'éthique de leurs comportements. Les femmes se prostituent plus ou moins, les hommes s'entubent à grands coups de gueule, et on sacrifie des êtres humains au nom du tout-argent. Plus qu'à son histoire, très fade, Ferreri s'intéresse au contexte, désireux visiblement de critiquer cette société sans pitié bouffée par le capitalisme. Mais pour ce faire, il eût fallu plus d'acidité, plus d'énergie, plus de frontalité. Or il a indéniablement de sérieux problèmes de rythme. Les scènes s'étirent en longueur sans aucune nécessité, chacune d'elles commençant par un plan d'ensemble de 18 minutes dont on se demande bien ce qu'il fout là. Le montage est lentissime, le gars ne sait jamais où couper, comme s'il avait voulu gonfler un court-métrage en long. Ca donne (très rarement) quelques scènes un peu plus inspirées, qui trimballent une mélancolie inattendue : la larme de Mary Carrillo qui coule le long de sa joue lors d'un bal mortifère, ou l'hébétude constante du héros (José Luis Lòpez Vàzquez) sur cette petite rengaine musicale enfantine, admettons, c'est pas mal. Mais ça donne surtout un ennui profond, spécialement dans les scènes qui auraient tout pour être enlevées et dynamiques : les harangues entre voisins, les disputes amoureuses, etc. Le carton "Fin" arrive quand on pense que le film va enfin commencer, et si quelques plans ont déjà cette saveur provocatrice du Ferrerri futur (notamment le dernier : un cortège d'enfants braillards et de femmes vénales qui suit un corbillard), on cherchera en vain quelques traces de talent dans ce film gagné par la mollesse. Complètement raté.