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Un fleuron à fleuret du cinéma de cape et d'épée, messieurs-dames, tout simplement. Allan Dwan n'est jamais le dernier pour sortir les figurants, signer des devis à rallonge et en mettre plein les mirettes, et avec le roman de Dumas il est dans ses pantoufles. Il peut s'en donner à coeur joie dans les décors peints de 3 kilomètres, dans les combats valeureux et dans les grands morceaux de bravoure sur fond d'espionnage et de camaraderie crypto-gay.

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D'Artagnan est le Jack Bauer du XVIIème siècle : quand il ne lutine pas la servante du Roi, il tabasse du garde à l'autre bout de la ville ; quand il ne creuse pas la roche à mains nues, il bondit sur les balcons. Il est partout, toujours coiffé nickel, toujours bondissant même quand il se gratte. C'est l'éternel Douglas Fairbanks qui s'y colle, avec son budget dentifrice à trois chiffres et sa carte de fidélité à la salle de sport de Versailles en bandoulière. Il faut reconnaître qu'il est épatant, toujours au taquet. La première partie, où il est tout jeune et amoureux, est la plus marrante, notamment les scènes où il dragouille Constance (jouée par Marguerite de la Motte, c'est dans la poche) : il te la fait valser dans les airs avec son rire tonitruant qu'on entend malgré le fait que ce soit du muet, il te fait des cascades complètement inutiles le long des façades, il rigole plié en deux en sens inverse, c'est un festival. Les décors, splendides, immenses, ont pourtant du mal à contenir l'énergie épatante du gusse. Et quand ses potes Riri, Fifi et Aramis arrivent, l'écran est proprement saturé. Les vilains gardes royaux, pitoyables, n'ont plus que quelques centimètres pour tenter de vaincre la fine équipe, autant dire qu'ils sont vite défaits. Ils sont donc condamnés à prendre des têtes de félon comploteurs, ce qu'ils font à merveille (les méchants sont excellents, notamment le fameux frère jumeau de Louis XIV, une parfaite ordure tout en sinuosités). Très énergique, cette première moitié est un hymne à la joie (le vin, les femmes, la camaraderie) opposée aux règles d'Etat (austérité et complots à tous les étages). Cette belle période prendra fin, en même temps que l'adolescence de d'Artagnan, avec la mort de Constance (quoi ? je vous apprends rien, si ?), véritable fissure qui coupe le film en deux.

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On retrouve d'Artagnan vieilli, qui fait du coup moins le malin, d'autant qu'il est privé et de son amour et de ses potes les mousquetaires. Mais la découverte du coup d'état anti-Louis XIV (un très bon gars, vachement sympa et simple, à en croire le portrait) fomenté par les méchants (qu'on reconnaît à leurs immenses ombres projetées) va le remettre sur les rails. Le voilà parti pour un bon vieux sauvetage, dans lequel il sera épaulé de nouveau par ses copains. Festival là aussi, surtout dans les dernières bobines où les combats à l'épée s'enchaînent. Dwan est épatant pour utiliser le moindre interstice de son décor. Le duel des quatre mousquetaires contre 1250 méchants dans un escalier, par exemple, est formidable : les mousquetaires sont absolument partout, montant, descendant, passant par-dessus les rambardes, se beuglant dessus, le tout en continuant de rigoler et de sortir des jeux de mots hilarants (malheureusement pas audibles, c'est toujours du muet). Les acteurs se donnent, aucun doute, entièrement au service du divertissement et du grand spectacle. Si Dwan semble s'ennuyer un peu (et nous avec) dans les scènes fonctionnelles, il s'éclate vraiment dans l'action et dans le suspense. Les personnages sont certes tracés à grands traits, mais tout de même : il y a notamment une scène entre le Reine mère et son salopard de fiston très fine dans l'écriture ; plus tard aussi, la mort de Portos (quoi ?) dont les derniers mots ne sont pas traduits par un intertitre, brusque accès de pudeur très touchant de la part de Dwan. Tout ça se terminera devant une toile peinte de coucher de soleil grande comme le trou de la sécu, et par une de ces idées improbables que le réalisateur sait faire passer sans problème : les quatre potes qui continuent leurs exploits dans l'au-delà, immenses dans le ciel pur. Culotté. Bref, ne coupons pas les cheveux en quatre : c'est fameux.