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Clint se promène entre bons films et navets ces dernières années, il faudra s'y faire. Après les pénibles trucs sur Hoover, sur la réincarnation ou sur le rugby, il revient fort heureusement à ce qu'il sait faire le mieux : la modeste chronique. Comme en plus il est question ici de musique, sujet qui a donné dans sa carrière moults sommets, on est tout contents, et le fait est qu'on se retrouve là devant un excellent Eastwood, tout en modestie et en élégance. Son meilleur depuis Gran Torino, en tout cas.

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La première demi-heure est même remarquable. On y découvre le héros, Tommy de Vito (John Lloyd Young, excellent dans ses poses à la De Niro), en plein dilemme : va-t-il tomber définitivement dans le camp de la mafia, en bon italo-américain qui se respecte ? Ou va-t-il tenter d'assouvir son rêve, devenir chanteur ? Après quelques prises de tête, il choisit... les deux. C'est la partie la plus drôle du film, ces constants allers-retours entre prison et boîtes de jazz, ces portraits de mauvais garçons à la voix d'or, cette façon de faire entrer la romance glamour des chansons dans le quotidien trivial des trafics en tous genres. Autour de Tommy gravitent plusieurs voyous du dimanche (dont le vrai Joe Pesci, personnage traité dans un émouvant hommage à Scorsese), tous aussi insolents que talentueux, aussi pathétiques que grandioses, le tout sous le regard du parrain local, porté par l'excellentissime Christopher Walken en mafieux pacifiste presque féminin à force de sourires bienveillants. Bien sûr, ce début d'intrigue est cousu de fil blanc, comme l'ensemble du film d'ailleurs : femmes fatales dont on sait bien qu'elles seront fatales, petits coups foireux, ascension du groupe, disputes internes, etc. Mais le soin apporté à la reconstitution (Tom Stern à la photo, Deborah Hopper aux costumes, respects), le ton très juste trouvé par Clint, cet humour bon enfant, l'ensemble posé sur la très belle musique des standards de l'époque, tout ça dégage un charme surranné absolument craquant.

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Quand Tommy et ses copains finissent par rencontrer le succès et deviennent les Four Seasons (Les...? Mais si, je vous jure que vous connaissez au moins trois chansons d'eux, sans le savoir), le film se fait encore plus académique, mais sans rien perdre de son charme. Eastwood filme merveilleusement la musique, les instruments qui se passent la parole, la joie d'être sur scène, ce genre de choses. Les acteurs font éclater leur jeunesse dans les nombreuses scènes musicales, et ça fait bien plaisir de voir notre bon vieux cow-boy s'extasier ainsi devant le charme de la jeune génération (ça n'a pas toujours été le cas, souvenez-vous de son Heartbreak Ridge bas du front). On bat des pieds, on tape sur des bambous et ça nous va plutôt bien. En plus de son habituelle élégance de mise en scène (très beaux mouvements de caméra, aussi discrets qu'amples, qui mettent parfaitement en valeur la beauté des décors), Eastwood trouve également une jolie idée de narration, certes pas nouvelle mais qui porte ses fruits : les protagonistes se tournent vers la caméra en plein milieu de l'action pour commenter, anticiper, revenir sur des épisodes, etc. Ça n'a l'air de rien, mais c'est plutôt audacieux, et permet une chose magnifique : faire en sorte que le personnage principal, Tommy, ne prenne jamais concrètement la parole (sauf à la toute fin du film, erreur à mon avis). Ses trois potes le font, pas lui, alors qu'il a droit à une poignée de regards caméra très beaux : on sent dans ces moments-là qu'il voudrait parler, dire lui aussi ce qu'il a sur le coeur, mais il en est comme empêché. Voilà qui donne à ce petit chanteur de romances sucrées une étonnante profondeur, et vous emporte sans problème dans l'émotion.

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L'émotion, de toute façon, il n'y a pas mieux que Clint pour vous la distiller aux moments choisis. Il fait encore une fois merveille de ce côté-là, vous tirant la larme avec une facilité déconcertante. C'est vrai que le gars, parfois, n'y va pas avec le dos de la cuillère, et fait parfois figure de tire-larmes ; c'est vrai que son film est un chouille long, et très attendu dans tous ses épisodes. Mais ce serait faire la fine bouche que de nier l'émotion mélancolique que dégage Jersey Boys, moment absolument charmant entièrement au service du spectacle, de l'émotion et de la musique. Ça se termine sur une pure scène de comédie musicale légère comme une plume, on est tout contents. Nickel.

All Clint is good, here