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Un bon vieux parfum de Twillight Zone dans cette série britannique de très bonne tenue, qui comme son ancêtre parvient à vous trousser en deux coups de cuillère à pot une intrigue impeccable et à vous entraîner dans des ambiances à la frontière entre science-fiction et fantastique. A priori pas vraiment de rapport entre les six épisodes qui constituent ces deux premières saisons. Mais dans toutes, il y a cette très légère anticipation : on est, disons, dans les années 2030, à tout casser. A chaque opus, les scénaristes prennnent un concept de notre bonne vieille société d'aujourd'hui, et imaginent ce qu'il peut en advenir dans quelques années. Quel est l'avenir des réseaux sociaux façon Facebook ? Peut-on imaginer une alternative crédible à la prison ou à la peine de mort ? Jusqu'où va-t-on pousser le goût pour la téléréalité ? Quels seront les artistes conceptuels de demain ? Vers quels écueils court la trash-politique ? Notre soif de conserver tous nos souvenirs va-t-elle nous mener vers un contrôle total de nos vies ? Autant de questions philosophico-existentiello-sociales qui sont traitées par le suspense, par le spectacle, dans une grande richesse d'écriture.

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Car que les épisodes critiquent la société du spectacle (le meilleur épisode : le premier) ou le tout-sécuritaire, ils sont à chaque fois brillamment pensés. Ils sont crédibles, on se dit que ce qui s'y passe est potentiellement envisageable, et c'est ça qui fait le sel des films. Même si le jeu des comédiens n'est pas toujours au taquet, même si la mise en scène est ici ou là un peu trop appuyée (l'épisode sur la condamnée), on rentre sans souci dans ces atmosphères, grâce au soin apporté à la véracité des détails. Après tout, oui, on s'imagine bien dans quelques années avec une caméra enregistreuse implantée dans sa nuque, ou conjurant la mort par la somme des infos personnelles qu'on a pu semer sur Facebook (ou sur Shangols), ou votant pour le plus vulgaire des candidats, même si c'est une marionnette (ça a même été fait en 2007). Certes, la finalité de chacun de ces épisodes est l'édification très moralisatrice du spectateur : le ton d'ensemble est très bien-pensant, et chaque "élément" de notre société est conçu pour se diriger forcément vers le pire. Le peuple y est toujours considéré comme idiot, soit ricanant devant une débilité télévisée, soit photographiant une femme sous la torture, soit votant comme un seul homme pour un crétin, etc. Anti-progrès, un peu "philosophe de comptoir", l'état d'espit de tout ça est discutable. Mais c'est tellement bien balancé, plein de surprise et de rythme, qu'on oublie ce côté légèrement réac, et qu'on applaudit.

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Certains épisodes (celui sur la télé-réalité notamment) sont empreints d'une étrange nostalgie, comme faisant appel à un bonheur disparu, comme si l'avenir avait étouffé toute l'humanité ; car il est avant tout question là-dedans de rapports entre les hommes, et de ce que le progrès empêche dans ce domaine : amour sacrifié à l'autel de la compétitivité, rapports humains dévorés par l'ambition, sens de l'honneur raillé par la foule, etc. Les films sont tristes, et vont jusqu'à se dévitaliser complètement : l'épisode 4 est comme vidé de l'intérieur, filmant des fantômes qui traversent lentement des espaces vides. Une atmosphère métaphysique et existentielle dans une série télé ? Vous en rêviez, ces sacrés British l'ont fait.  (Gols 19/06/14)

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(Chronique écrite avant d'avoir relu celle de mon comparse... d'où quelques doublons ou parallèles "intéressants" - ou pas) Technologie du futur et… humiliation, c’est un peu les deux fils conducteurs de cette série qui explore des situations relativement originales (et souvent diablement embarrassantes) sous forme d’épisode proche parfois de la Quatrième Dimension - série mythique s’il en est.  Humiliation, disais-je, car au cours des 6 épisodes de ces deux saisons, les personnages principaux (et parfois leurs collatéraux) vont bien morfler : un premier ministre anglais devant coucher avec un porc ( !) pour sauver une princesse kidnappée, une chanteuse de « The Voice» orientée vers le porno soft, une femme adultère prise au piège par son mari, un clone pas à la hauteur du disparu, une criminelle prise dans une spirale infernale ou encore des hommes politiques victimes d’un personnages virtuel plus populaire qu’eux. A chaque fois, la technologie - on est à l’ère du « tout médiatisé » -  joue un rôle plus ou moins grand dans l’avilissement de ces individus. Black Mirror repose sur des thématiques basiques (l’amour, la politique, la justice, la société du spectacle) et frappe relativement juste quand il s’agit de mettre en situation un public, une audience, des plus moutonniers, manipulable à souhait.

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Il serait dommage de déflorer les astuces scénaristiques de chaque épisode mais je ne peux m’empêcher d’évoquer celui que je considère de loin comme le plus réussi : le second épisode de la saison 2 (le second épisode de la saison 1 sur « la sincérité phagocytée par le petit écran » n’étant pas mal non plus). L’épisode s’ouvre avec une personne résolument in the twilight zone : elle se réveille dans un appart les poignées bandées, des barbituriques étalés sur le sol. S’est-elle suicidée, est-elle au paradis… ou en enfer ? Dès qu’elle met le nez dehors, elle est prise en chasse par un tueur alors qu’une foule de gens la filme sur son téléphone. Est-on dans un avatar du Prix du Danger, autrement dit un jeu à la con, ou dans un scénario beaucoup plus complexe ? On ira de rebondissements en rebondissements, les images sur le générique de fin tentant d’aller encore plus loin dans cette critique acerbe de la société du spectacle pour ne pas dire de la « justice du spectacle ».  Certes, les créateurs chargent parfois un peu la mule (le tout premier épisode, mouais) mais nous emmènent parfois dans des « situations tortueuses » qui se situent dans un avenir peut-être pas si lointain. Black Mirror of our future society.  (Shang 14/08/14)

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