a the true story of jesse james TRUE_JESSE_JAMES-14

En réalisant ce remake du film d'Henry King, on voit bien que Ray voudrait s'inscrire dans la grande tradition du western. Mais comme on n'échappe pas à son destin, il réalise à la place un film 100% Nicholas Ray, entendez un fin portrait psychologique et une étude de caractère plutôt que le produit burné attendu. On y perd peut-être un poil en glamour et en coups de feu, mais on y gagne indéniablement en finesse d'écriture et en délicatesse, deux termes pas très fréquents dans le western.

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La vraie vie de Jesse James, pas édulcorée et pas exagérée non plus : c'est ce qu'on nous propose d'entrée de jeu avec un carton brandissant haut et fort la pure véracité historique de ce qui va nous être conté. Si la légende est plus forte que la vérité, notre Nicholas Ray choisit quand même la vérité. Soit donc Jesse, brave paysan tombant hors de la loi presque malgré lui, et qui peu à peu prend goût à la chose. Robin des Bois de l'Ouest ? Oui et non : il peut être d'un coup très généreux, mais c'est pour mieux dépouiller le premier petit vieux qui passe afin de se rembourser. Tyran sanguinaire ? Oui et non : la violence le dépasse souvent, et malgré sa volonté de ne pas faire de victime, ses coups de feu sont plus incontrôlés que vraiment convaincus. Brave gars victime d'un ami félon ? Oui et non : certes, l'affreux Robert Ford le descend dans le dos alors qu'il vient de lui confier son arme, mais on le voit plus souvent qu'à son tour changer de partenaire comme de canasson et mettre en péril son propre frère et sa famille. On le voit : Ray pratique une salutaire nuance dans la légende dorée de son personnage. Il y a déjà en lui les complexités qu'endosseront James Dean ou James Mason plus tard dans ses films : leurs actes sont guidés par une psychologie dense, multiple. Ici, Jesse James est mû par une soif d'auto-destruction incontrôlée, et qui le fait systématiquement prendre les mauvaises décisions. Assouvir une basse vengeance au moment où on lui offre l'immunité, emmener ses sbires à 600 bornes de chez eux pour un hypothétique braquage, envoyer paître le frangin qui est pourtant son seul allié, ou faire confiance à Robert Ford : autant "d'actes manqués" qui densifient le caractère de James et lui donnent une vraie texture humaine. Dommage que Ray ait confié la chose au pâle Robert Wagner, expressif comme une bûche, et qui peine à exprimer tous les rouages de son personnage. La distribution est d'ailleurs dans l'ensemble assez fade, Jeffrey Junter et Hope Lange en tête, jolis mannequins sans charisme.

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C'est vrai que la film se traîne un peu, du coup. A trop vouloir prendre le temps de dessiner des caractères forts, Ray sacrifie les scènes d'action, inconsistantes. La construction en flash-back est assez bancale et attendue. Mais tout de même, il y a quelques splendides fulgurances de mise en scène : une cascade sidérante, placée en tout début de film histoire de bien nous mettre le nez dedans, où deux chevaux et leurs cavaliers sautent du haut d'une falaise dans la flotte (la même scène que dans le film originel de King, et le même choc si j'en crois mon équestre Shang) ; un braquage de train qui donne l'occasion d'un très beau travelling qui coupe l'écran horizontalement (Wagner en ombre marche sur le toit du train, alors que plus bas les voyageurs vaquent paisiblement) ; ou une scène finale pour le coup pleine d'héroïsme, qui raconte en peu de mots comment peut naître une légende (suffit d'un musicien aveugle qui passe avec sa guitare et vous voilà mythifié jusqu'à la fin des temps). On sent que tout n'est pas sous contrôle, que le film perd parfois un peu d'identité ; mais ma foi, Ray nous pond un curieux objet, sentimental et intelligent, et ça vaut aussi bien qu'un western.