the-collector-1-670x282

Marcus Dunstan est l'auteur (bien grand mot) du scénario (bien grand mot) de Saw 6, ce qui peut lever quelques doutes sur la qualité de ses propres films en tant que réalisateur. C'est un tort, au vu en tout cas de ce Collector de bonne facture. Rien de génial, beaucoup même à jeter, mais il est indéniable que le gusse a un oeil, ce qui est déjà un de plus que chez la majorité de ses collègues en films d'horreur.

3-1

Le scénario, épais comme moi en plein hiver, est simple : un cambrioleur s'introduit dans une villa bourgeoise ; il a eu tort : un serial killer est en train d'y dépecer consciencieusement une famille entière, ayant truffé la maison de pièges divers et variés (qui marchent tous, alors que franchement, c'est hasardeux, comme installation). Notre héros (une sorte de Sean Penn en maigre) va subir pas mal d'épreuves douloureuses pour tenter de sauver cette famille des griffes de l'immortel homme au masque. Dunstan mélange toute l'histoire du film d'horreur depuis 1894 jusqu'à aujourd'hui, dans toutes ses sous-catégories, du slasher au gore, et s'amuse pas mal à nous recycler tout ça. On a l'impression que le titre du film fait plus allusion à la passion qui anime indéniablement le réalisateur pour le genre dans son entier plutôt qu'a celle du bad guy, dont on ne comprend jamais les motivations meurtrières. En tout cas, ça charcle, on se prend des pièges à loups dans la face, on fait gicler les doigts, on se torture avec des cafards hideux, ça n'est guère joyeux. Il y a un plaisir évident à regarder peinard l'intégralité de la distribution subir les assauts du méchant, et pousser un dernier soupir dans des affres toujours renouvelés. Le tueur manque un poil de charisme, mais il reste bien effrayant avec ses yeux affreux, son absence totale de motivations et son mutisme tout Halloweeniens ; il a en outre cela de commun avec le "héros" de Carpenter qu'il est increvable, c'est assez fun.

SEiQC8

Bon, mais c'est surtout dans la mise en scène que le gars Dunstan est relativement convaincant. On ne félicite pas son directeur de la photo, c'est vrai, pour ces ambiances lumineuses clipesques et complètement absurdes : des jaunasses ou des bleuâtres improbables, des écrans de fumée sortis d'on ne sait où, c'est un grand n'importe quoi visuel. Mais Dunstan est très habile pour filmer son lieu clos, rendant constamment lisibles les déplacements de ses acteurs dans la grande demeure truffée de pièges : on sait toujours où se situe le héros par rapport au tueur, adoptant tantôt le point de vue de l'un tantôt celui de l'autre. C'est la grande qualité du film : utiliser son beau décor dans toutes ses possibilités, accentuant l'aspect anxiogène de l'enfermement par la précision de ses cadres. Et puis le film parvient aussi à épaissir un peu les personnages, sans en faire de la simple chair à saucisse : la première partie du film prend le temps de rendre crédible le personnage principal, si bien qu'on compatit d'autant plus à sa galère quand l'horreur démarre vraiment. C'est vrai que le postulat de départ (rembourser une dette à la mafia locale) est très vite oublié, mais ça a permis de donner une motivation à notre héros, et c'est très bien. Voilà, un petit moment bien agréable, quoi.