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Toujours un régal que les œuvres muettes ou non de Shimizu : cette deuxième partie des aventures (déçues) de Yumie permet à la fois de mettre l'accent sur le caractère (jusqu'au-boutiste) de l'héroïne que sur les différences de « moralité » entre les classes sociales. Aucun doute sur le fait que le cinéaste prenne à la fois le parti des femmes et celui des personnes les moins favorisées socialement (sans aucun manichéisme ceci dit, l'un des fils de "bonne famille" étant ainsi un modèle d'honneur et de vertu - et un créateur…) ; l'homme qui a abusé de Yumie va recevoir la monnaie de sa pièce et la famille aisée dont il est issu va payer pour le dédain qu'elle affiche envers les classes inférieures à la leur. Na !

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Yumie a donc fait le choix de se marier avec ce riche personnage qui a profité d'elle un soir pour pouvoir payer les soins de sa soeur placée en hôpital psychiatrique. D'entrée de jeu, la Yumie interdit à son nouveau mari de dormir avec elle. Si la coquine sait comment le titiller (la scène au début du film au téléphone où elle lui dit qu'elle lui parle dans son bain - alors qu'il n'en n'est rien), elle sait aussi se montrer plus farouche et moins rieuse lorsque son homme tente de forcer la porte de sa chambre : elle te sort alors un flingue et l'on sent que le fait d'appuyer sur la gâchette ne lui ferait guère peur. La Yumie est diablement rancunière mais il y a de quoi (le type lui a fait perdre son honneur et cela a eu un effet direct sur la mort de son père et la crise nerveuse de sa soeur). Pour tempérer, en un sens, ce caractère féminin "vengeur", Shimizu nous fait suivre en parallèle un autre personnage féminin qui va avoir la force de caractère de pardonner à son père ses méfaits passés. Dans les deux cas, ces femmes font montre d'indépendance et de pugnacité et d'une dévotion absolue envers leur devoir familiale. Deux créatures féminines exemplaires.

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Shimizu passe toujours avec la même fluidité d'un personnage à l'autre (ils sont assez nombreux et on s'y retrouve un peu mieux dans ce second opus) et d'un "monde" à l'autre : les décors permettent d'identifier également relativement facilement chacune de ces couches de la société (les nantis, les commerçants, les moins aisés) et l'on passe en un clin d'oeil des intérieurs les plus luxueux aux plus dénudés. On apprécie aussi toujours autant les courts travellings, les subtiles panoramiques (comment faire comprendre muettement qu'un téléphone sonne...) et surtout la science du montage du cinéaste.

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A force de jouer au petit jeu de la femme dure et froide, on a peur que Yumie s'épuise moralement et finisse, lors d'un dernier accès de fierté et de désespoir mêlés, par se suicider. Yumie joue avec les nerfs de son mari et Shimizu avec les nôtres tant l'on sent venir inexorablement la tragédie. Le nippon de 1932 peut-il faire preuve d'un ultime sursaut d'optimisme ? A voir... Cette nouvelle heure passe comme un courant d'air : chaud ou froid ? Là est en effet tout le suspense. 

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