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Le moins qu'on puisse dire, c'est que le grand Prix de Gérardmer cette année ne fait pas dans le fade : voilà un de ces films (souvent japonais, d'ailleurs) qui manient sans aucun complexe un style hyper-appuyé, pour le pire et pour le meilleur, tentant de donner un nouveau souffle à l'imagerie fatiguée du film d'horreur. Sabu parvient parfois à un vrai talent, se gauffre aussi parfois, mais son film ne peut pas laisser indifférent. Le postulat de départ laisse un peu perplexe : dans un futur proche, les zombies les moins dangereux sont engagés comme domestiques (ou animaux de compagnie) par les familles riches. On suit l'intégration progressive d'une jeune demoiselle dans son nouveau foyer, entre lapidation de la part d'enfants, viols par les ouvriers du coin, plantage journalier de couteau dans l'épaule de la part des jeunes voyous du coin, et ripolinage effrénée du dallage de la cour. On ne croit pas du tout à ce point de départ, c'est un peu le défaut qui va imprégner l'ensemble du film : vraiment du mal à croire que cette famille (dont la mère est comiquement vibrante de tolérance pro-zombie, emplie d'une bonne conscience de gauche qui lui jouera des tours) puisse s'attacher à cette demoiselle sanguinolente, mutique et sans émotion. Ce n'importe quoi scénaristique, qu'on pourrait croire emprunté à Miike grande époque, donne pourtant une aura assez prenante, mélancolique et profonde à ce film, de façon vraiment inattendue.

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Car, par plusieurs retournements de situations, il va être question, au final, de reconstituer une famille qui part en miettes, en passant par un truchement compliqué de morts, de résurrections et de suicides en rafale. Christine Boutin devrait en avaler sa Bible : le film milite pour le mariage pour tous, entendez entre femmes, mais surtout entre femmes et zombies, adoption comprise. Très féministe, la trame nous entraîne peu à peu vers un univers matriarcal à la frontière entre la vie et la mort, où ce qui compte est de se retrouver des racines, qu'elles soient déviantes ou pas. Sabu fustige l'univers masculin avec frontalité, fantasme une famille féminine éternelle, et livre au final un bidule assez intrigant : sur les dernières minutes, on a même droit à quelques scènes terrifiantes, à base de hurlements bestiaux d'une mère abandonnée par son enfant, de transmission de virus destiné à se retrouver dans la maladie et de lesbianisme torve.

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Mais c'est surtout sur la forme que le film bluffe, pour le pire ou le meilleur encore une fois. Hyper-formel, pratiquement muet, il pratique une sorte d'expressionnisme très appuyé qui peut franchement lasser à la longue. On a l'impression que chaque plan est retravaillé pour le rendre plus tordu, plus décadré, plus spectaculaire, à la manière de ces mangas pratiquant la surenchère constante. La simplicité, la modestie, Sabu connaît pas : il importe d'en mettre plein les mirettes, quitte à faire n'importe quoi. La plupart des idées visuelles ne sont justifiées par aucune raison, juste là pour épater. C'est impressionnant, certes, à défaut d'être "beau", mais ça lasse pas mal aussi. Dommage parce qu'au milieu du magma, il y a de belles choses : ce beau noir et blanc en hommage aux grands films de zombies, ces gros plans crasseux, ce rythme très lent, ce travail sur le son (le crissement de la brosse sur le dallage, omniprésent), tout ça est bel et bon. A trop vouloir en faire, le gars s'est sûrement perdu. Mais il n'empêche qu'il nous envoie un film à nul autre pareil, et rien que pour ça...

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