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"La vie n'est-elle que tortuuuure ?", meugle la fantomatique voix de la vieille Tamaki tout au long de ce film, et c'est bien un peu l'impression qu'on a à la fin de la chose : que la vie est une chiennerie, surtout envers les plus démunis d'entre les humains. C'est le grand credo de toujours de Mizoguchi : naissez du mauvais côté de la barrière (pauvre, ou femme) et votre existence sera toute de douleur, d'asservissements et de frustration. C'est bien ce qui arrive aux deux enfants de Tamaki : après un adieu déchirant à leur père, maire destitué pour excès de démocratie, ils sont séparés de leur mère et vendus comme esclave au pire des maîtres, Sansho. La petite famille parviendra-t-elle à se réunir à nouveau ? Rien n'est moins sûr quand on voit la somme d'épreuves que Mizo fait peser sur la frêle carcasse de ces deux enfants.

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Vibrant d'indignation, le film enregistre ainsi, de scène en scène, l'injustice du monde, transformant souvent le pamphlet en mélodrame pur jus du plus bel effet qui soit. Le combat de Zushio et Anju est avant tout un combat physique, nombre de scènes montrant comment Sansho éprouve les corps, par le travail ou par la torture. Extrêmement dynamique parfois, plein de bruit et de fureur, le film se calme étrangement quand il s'agit d'aller au paroxysme de la violence : brûler au fer rouge le visage d'une évadée, ou montrer le suicide par noyade d'une jeune fille, tout ça se fait dans une lenteur de nõ, ce qui en augmente la tension. Cette fille qui s'enfonce dans l'eau est cadrée au sein d'une nature splendide, sa mort se fait sans cris, et l'image vous imprime la rétine (s'il vous en reste une, hein, tiens bon, gars Shang) définitivement. Les cadres sont bien entendu toujours magnifiques, surtout que cette histoire-là se déroule au sein de Dame Nature, et que les forêts, les bords de mer ou la campagne verdoyante sont toujours esthétisés à mort par Mizo, qui n'en cache pas pourtant la dangerosité.

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Mais la quête des enfants est aussi morale, intérieure, et il s'agit aussi de retrouver un père, autant qu'une mère. Zushio va partir de ce père aimant et bon, qui prône l'égalité entre les hommes, pour aller jusqu'à Sansho, la brute sans pitié, dans une sorte de chemin entre deux eaux, entre deux images paternelles. Il apprendra aussi bien la tolérance que la rudesse, et on dirait bien, au bout du compte, que les deux figures paternelles ont été aussi importantes l'une que l'autre dans son développement moral. Cette quête métaphysique, là aussi, est magnifiée par la mise en scène du maître, l'errance appuyée par de très beaux travellings amples, la fatalité des épreuves par des cadres rigoureux et implacables. De la bien belle ouvrage, profonde et émouvante.

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