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Après un léger passage à vide sur Shangols, Raoul Walsh, disons-le, nous revient dans toute sa splendeur et son génie. Cette première mouture de What Price Glory se boit comme du ptit lait et les deux heures s'achèvent dans un souffle (d'obus). Le finaud Edmund Lowe et le tatoué Victor McLaglen se déchirent pour une pute shanghaienne, philippinos ou une jeune fille française (Dolores del Rio aussi française que moi je suis bulgare, mutine et à croquer). Walsh réussit à tous les postes, sur tous les fronts. Qu'il s'agisse de mettre en scène les séquences de flirt dans ce petit village français à la coule ou qu'il s'agisse de nous amener en première ligne pour un feu d'artifice sanglant, Walsh assure sa mère. On passe du thème de prédilection walshien (une femme, deux hommes - il y aura un perdant, à votre place j'attendrai de voir la fin du film pour parier) - de la romance pure et dure en quelque sorte - à la chiennerie de la vie avec son lot de chair à canon, de jeunes hommes qui meurent avant même d'éclore, avant même d'avoir connu d'autres lèvres que celles de leur mère. Alors qu'on se laissait progressivement bercer par l'ambiance bon enfant de ce village campagnard frenchy, Walsh nous balance une première salve de combat puis une seconde en nocturne mettant en scène cette hécatombe humaine - je suis encore sur la première guerre mondiale, je suis décidément au taquet pour le centenaire. A peine a-t-on le temps de conter fleurette qu'il va falloir bouffer les pissenlits par la racine. Se battre pour une femme, puis contre les Boches... Même combat ? Nan, tout de même, mais de quoi finir par former une certaine complicité entre les deux hommes…

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Walsh est très fort pour limiter au maximum les cartons (bien aimé cette petite idée notamment : quand le Capitaine demande aux soldats ce qu'ils faisaient au pays, Walsh nous colle deux-trois petites vignettes en images, histoire d'éviter 3 écrans noirs tristounes). Pas besoin non plus de longs discours pour charmer ces dames. Il suffit d'un regard appuyé, d'un sourire échangé, de quelques mots en franglais et l'on sent que les demoiselles sont conquises... Seulement la Dolores del Rio, elle a aussi son petit caractère et n'est pas de celle qu'on manipule à l'envi. Certes, elle n'est pas super farouche lorsqu'il s'agit de partager sa couche avec un soldat ricain mais ça ne veut pas dire 1) qu'on puisse l'acheter 2) qu'elle n'ait pas son libre-arbitre. Elle aime à montrer gambettes et à dénuder épaule (cachez ce sein que... oh et puis si, en fait) et elle sait comment faire tourner en bourrique nos amis soldats. Ces derniers ont beau jouer les fiers-à-bras, c'est elle qui les tient à quai entre deux sonneries de clairon et l’appel au front. Dolores donne véritablement l'impression de passer son temps à virevolter dans cette auberge, la mise en scène de Walsh n'étant jamais statique, toujours en mouvement. Lorsque nos deux hommes se prennent la tête, Walsh, là encore, n'a pas besoin de douze cartons d'insultes pour montrer que ça barde ; il nous balance une bonne baston au départ mais ensuite il peut se contenter de mettre en face-à-face ces deux forts en gueule qui rivalisent d'yeux qui roulent et de rictus aigris pour montrer leur colère de mâle. Une rivalité de fortes têtes qui ne tardent pas jamais à se retrouver côte-à-côte dès lors qu'il faut monter au front.

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Walsh, surtout dans la séquence nocturne, utilise le stock d'un an de pétards chinois, joue malicieusement des transparences - bien vu le coup des soldats engloutis dans la tranchée -, remue terre et terre pour nous montrer la violence des combats. Le soldat ricain, s'il reprend son souffle dans les tranchées, avance comme un rouleau compresseur sur son ennemi quitte à perdre en route les trois-quarts des hommes : "rien ne doit vous arrêter si ce n'est une balle" - la consigne est claire. Des nuées de soldats s'avancent ainsi dans une forêt envahie par un inquiétant brouillard sans cogiter sur leur mission - ils sont là pour libérer le monde et il faut pour ce faire empaler un max de Boches à la baïonnette, point. That's all folks. Même s'il en résulte une boucherie, même si les hommes en reviennent déguenillés, ils ne doivent jamais reculer. Malgré le vibrant coup de gueule de ce soldat dépité (« what price glory! »), le Capitaine McLaglen demeure stoïque et se la joue fataliste. Ouais, le problème de la guerre, outre la boue, ce sont les morts. Voilà, voilà... Walsh ne se disperse guère dans cette œuvre au niveau de sa galerie de caractères ; il choisit de suivre une poignée d'hommes (le couple Laurel et Laurel qui apporte la petite touche légère et comique ; le fils à sa maman qui apporte la touche d'innocence ; le correspondant qui tente d’apporter un point de vue objectif) qui donnent encore un peu plus de corps et d'humanité à ce tableau de la grande guerre où l'essentiel ne demeure malgré tout jamais loin : l'amuuur, toujuuuuurs. What a great silent movie !

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Walsh et gros mythe,