Sidewalk-Stories-Tribeca-2013

Je gardais un souvenir assez magique de la découverte de ce film dans une salle parisienne lors d’un jour de grand froid il y a de cela… 24 ans. La magie est-elle toujours au rendez-vous alors qu’entretemps nous avons subi des blessures, des pontages cardiaque, des trépanations, que nous avons fait  la guerre sur plusieurs territoires, Madagascar, la Malaisie, la Chine, les Comoros  ? Oui, je ne peux m’empêcher d’être grandiloquent et sot quand la nostalgie est convoquée… Force est de reconnaître que Charles Lane n’est ni Chaplin, ni Tati. Il n’a ni le sens du burlesque de l’un, ni le sens de l’observation de l’autre, ni la carrière des deux. Le grand espoir Lane de 1990 est resté dans sa lane en quelque sorte. On serre même un peu des dents au début du film tant les acteurs en font des tonnes dès lors qu’ils rentrent dans le champ de la caméra. On pensait (du moins dans notre souvenir) que Lane, en filmant ces bas quartiers new-yorkais, avait filmé un peu à l’arrache, dans les conditions du réel mais tout cela est en fait mis en scène de façon un peu laborieuse (les artistes de rue qui forcent  le trait, la scène entre l’immense caricaturiste qui fout la branlée au petit dessinateur Lane (qui est à tous les postes dans ce film, réal, acteur, scénariste, monteur…), la séquence du meurtre avec des policiers affreusement aveugles incapable de voir Lane se barrer à 2 à l’heure avec une poussette et un bébé…). On commence à penser, même si la musique qui colle aux images continue de nous séduire, que certains films gagnent  à rester de lointains souvenirs…

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Et puis tout de même, on commence à se dérider avec le récit de cette relation entre Lane et la bambinette qu’il a justement trouvée dans la lane. Difficile, certes, de ne pas être attachant avec de telles grosses ficelles : un adulte un peu perdu (artiste et SDF, pas vraiment un bobo) et une gamine totalement perdue, Le Kid est déjà passé par là. Mais la présence de la bambine est salvatrice, c’est elle qui apporte enfin un peu de naturel à la chose. Le Charles se plie en quatre pour divertir, nourrir, faire rire l’enfant et ce petit couple de miséreux jamais misérables capte toute notre attention. Le Charles se retrouve souvent entouré de bombasses black (un gamin, c’est bon pour la drague) pleines d’attention (cette marchande de vêtements qui donne tout gratis (on n’y croit pas une seconde mais le geste est beau), cette passante qui offre une peluche à la bambinette et fait du rentre-dedans à notre héros un peu naïf) mais il ne cherche jamais à trop abuser de la situation ; le flirt entre Charles et jeune femme est romantique comme tout même si malheureusement Charles rate encore plusieurs séquences (la séquence inutile lorsqu’il inspecte l’appart, la scène un peu lourde de la douche, l’incapacité de mettre l’homme et la femme réellement en face-à-face - les petits bisous sont mignons mais c’est un peu court).  De belles choses demeurent malgré tout : une vraie légèreté, une musique au taquet, des épisodes forcément attendrissants (la gamine qui tend les bras au Charles avant de traverser la rue) ou encore drolatiques (le Charles qui s’imagine coucher avec cette femme férue de musculature, une femme capable d’allonger un type d’un simple coup de poing). Le final est également joliment fait avec cette parole qui est finalement donnée - aux deux sens du terme (l’ensemble du film est muet pour ceux qui l’ignoraient encore) - à ces SDF qui zonent, comme si après avoir conté fleurette, Lane revenait à son idée de départ, la précarité, la vraie.  Un beau film, si, avec de petites maladresses devant lesquels on ferme facilement les yeux - ah la nostalgie…

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