"It is too late, it was too late when it began."

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Si la jeunesse hitlérienne avait indéniablement le sens du rythme, force est de reconnaître qu'elle fut tout de même bien obtuse envers les libertés individuelles. Dès 43, Dmytryk se fait un devoir de nous montrer que derrière ces chants entraînants (je déconne, hein) et ce bras négligemment levé à 99 degrés se cache une génération de petits blonds teigneux entièrement sacrifiée. A moins qu'il y en ait un qui finisse par échapper au lot ? Rien n'est moins sûr lorsqu'on fait la connaissance de Karl, jeune nazillon bagarreur ; avec sa coupe dégagée derrière les oreilles à l'image de son cerveau aux neurones dégagés, il a tout bonnement l'air d'un con. Seulement attention, une ultime lueur salvatrice apparaît dans son regard lorsqu'il croise celui de la chtite Anna (Bonita Granville) - une américaine de l'école voisine - et lorsqu'il écoute celle-ci jouer du piano - Beethoven, sans jeu de mot. Few years later, le Karl est monté en grade et l'Anna est partie en camp (elle est juive, la petite Miller). Ce dernier semble faire passer le parti avant tout ; heureusement les érections du bras en direction de son leader ne semblent pas totalement le combler. L'Anna a beau jouer sa rebelle et le mettre dans de sales draps (il ne cesse de la recommander auprès de ses supérieurs mais celle-ci se fait un malin plaisir de jouer les insubordonnées), elle constitue sa seule rédemption humaniste... Sera-t-il capable de l'assumer, d'assumer un jour son amour, ou se pliera-t-il aux désirs du parti avec la même souplesse qu'une croix gammée ?

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Disons le tout de go, Dmytryk réalise un film carré. Carré de par son scénar très linéaire (l'ascension de l'un au sein du parti, la révolte de l'autre en camp de travail) qui fait la part belle aux retrouvailles entre les deux jeunes gens : derrière son masque de fer, l'ami Karl cache un petit cœur qui bat de plus en plus fort pour la chtite Anna ; celle-ci, décidément incontrôlable et imprévisible, est la seule qui puisse réellement le ressusciter (tout gestapiste étant déjà mort au moins dans l'âme) : c'est carré en cela qu'il va bien falloir qu'il finisse un jour par choisir son coin. Carré également de par ses cadres souvent fixes et par ses motifs verticaux qui ne cessent de venir s'inscrire au sein même de ce cadre rectangulaire (un rectangle raccourci tendant au carré, on est d'accord ?) : à chaque fois que l'imagerie (ou la ménagerie) nazie est convoquée, on sent que le gars Edward s'est amusé à rajouter dans son décor des fenêtres, des pylônes, des poteaux ; d'où l'impression d'un monde droit dans ses bottes (la scène sur la place publique avec les quatre bataillons de jeunes nazillettes qui se positionnent... en carré) et celle d'un monde qui chie aussi dans ses bottes lorsque la Gestapo ordonne de fouetter la tendre Anna ; seules deux personnes (en attendant que le Karl se réveille) viennent au secours de la belle, son ancien prof et collègue ricain (qui lance l'histoire avant de totalement disparaître quand on en a plus besoin...) et un vieux prêtre catho aux allures de mage (H. B. Warner) qui se fait un devoir de faire de son église un refuge quitte à se prendre une balle dans la nuque - beau moment plein de sagesse et de douceur dans ce monde de brutes. Carré enfin par son sens tragique (il était trop tard quand cela a commencé - Huit mots, pas mieux), Dmytryk nous faisant aller mine de rien droit dans le mur de la tragédie - cela commence de façon gentillette (après une première baston certes) avec pique-nique dans les bois, poème de Goethe et éclats de rire juvénile, mais l'on sent bien déjà que le drame plane (le gamin dans les bois qu'Anna et Karl retrouvent attaché au sol les bras en croix : un jour ce sera à eux de jouer le rôle de martyrs au nom de l'amuuurrr dans ce monde, en ces temps où la liberté d'aimer a été remplacée par la liberté... d'obéir. Aïe Hitler. Une solide mise en garde et mise en scène (carrée donc) alors même que le conflit bat son plein ; un Dmytryk au cœur de l'actu et un film visible bien au-delà de son temps. Aïe Marine - ou algue marine pour finir sur un ton plus doux.

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