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Après quelques toiles décevantes, il est bon de revenir dans du costaud, du solide, du sérieux. Don Siegel nous trousse un film de prison nerveux (à programmer dans tout festival de cinéma en milieu carcéral qui se respecte) : des détenus menés par Neville Brand se révoltent pour "la bonne cause" (l'amélioration de leur condition de détention) face au directeur Emile Mayer (le même problème d'embonpoint et de cheveu sur la langue que Dominique Besnehard mais plus de charisme) qui milite depuis des années... pour l'amélioration des prisons. Les deux hommes ont tout pour s'entendre, seulement voilà, entre les deux gravitent des détenus pas mignons mignons (le colosse Leo Gordon auquel tu ne proposerais jamais une partie, même pour rire, de "je te tiens par la barbichette"), des policiers sur les nerfs, un gouverneur ou encore un homme politique intraitables. Il va falloir non seulement entamer les discussions mais aussi les faire aboutir... sinon, cette prison risque de se transformer en méga cocotte-minute avec à la clé une grosse explosion en interne qui ferait des morts des deux côtés de la barrière.

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Don Siegel est malin et réussit dès le départ à équilibrer les deux camps : il y a des deux côtés des types avec la vista, des deux côtés des types avec la tête trop près du bonnet. Certes, le droit n'est pas vraiment en faveur des prisonniers qui ne trouvent rien de mieux à faire, une fois que ces lions sont libérés de leur cage, que de péter toute la literie de l'établissement. Mais ils vont vite se calmer sous l'influence d'un leader qui sait garder la tête froide et sait exactement où il veut aller : il a des revendications, reste juste à alerter la presse et à les faire signer par le gouverneur. Du côté du droit, la nervosité et la bêtise est à pied d'oeuvre : du même coup, un homme politique qui voulait jouer les fiers-à-bras se retrouve avec un couteau dans l'épaule et un flic sous pression qui avait reçu l'ordre de ne pas tirer flingue un prisonnier (qui ne gueulait pourtant pas plus qu'un supporter du PSG). Etre d'un certain côté de la barrière ne met jamais à l'abri la perte de sang-froid, de la boulette. Les discussions vont bon train, chacun y allant de son petit coup d'intox ("tu tues un prisonnier, je tue un gardien" / "Ok, tu menaces de tuer un gardien, je fais péter le mur de ma propre prison à la dynamite"). On voit mal comment l'ensemble ne va pas finir en bain de sang...

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Il y a de la tension tout du long et c'est sûrement là la plus grande réussite du Don : le cinéaste entre quelques séquences de meute rondement menées (révolte numéro 1, numéro 2, numéro 3 - la prison devient vite une poudrière) ne nous laisse jamais trop le temps de cogiter : sa caméra est une véritable balle de tennis qui passe constamment d'un camp à un autre et les échanges (qui favorisent forcément les multiples rebondissements : un prisonnier "accidentellement blessé" et un gardien qui risque la peine de mort (...), un meneur charismatique (celui des détenus) qui se voit obligé pour un temps de céder sa place à une masse aussi stupide qu'un manche, des policiers qui veulent la jouer fine et plantent des bâtons de dynamite - avec une telle discrétion que les prisonniers attachent les gardiens contre le mur -, un Gouverneur qui ne veut point céder un pouce de terrain prêt à assister à un carnage le cul sur son fauteuil en cuir...), des échanges donc musclés qui tiennent en haleine jusqu'à la fin du point : les révoltés peuvent-ils vraiment gagner ce bras de fer ? La société est-elle injuste au point de pouvoir trahir sans vergogne des détenus, même quand ceux-ci sont enfin dans leur bon droit ? C'est ce qui se joue dans cette oeuvre efficace et maline de Siegel qui ne cherche pas à enfoncer des portes (de prison) ouvertes : oui un prisonnier, quoi qu'il ait fait, a aussi droit à un minimum de dignité. Pas pris une ride.

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