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Il est clair que comparer au beau livre d’images anglo-hollywoodien (12 Years a Slave) et la parodie westerno-pompinesque (pompinesque du verbe pomper ou de trompette pour les puristes) (Djangoooooo), voilà un film sur l’esclavage qui sent vraiment la sueur et le sang, le sexe et la bassesse, la cruauté, la jalousie et l’humiliation. Fleischer est dans le vrai et réussi quelques séquences violentes et sulfureuses qui ferait passer le film de McQueen pour Le Manège enchanté. On est sur le domaine de ce vieil enculé de Mason (je n’aurais pas voulu l’avoir comme beau-père celui-là tant il est torve) qui mène ses esclaves à la baguette. Il a le soutien de son fils, boiteux depuis un accident de poney à l’âge de six ans (ah putain le Sud, cette maladie de faire faire du cheval au gamin… C’est forcément la porte ouverte au drame - dans Gone with the Wind, la scène me fend toujours le cœur). Ce dernier semble justement ne pas être bâti sur le même modèle que ses confrères blanc : quand il faut régler les problèmes par la violence avec les esclaves celui lui donne des hauts le cœur, quand il doit violer ou faire valoir son droit de cuissage auprès des jeunes femmes du domaine, le type est presque plus rougissant qu’elle (il vaut vraiment que je te dépucelle ? Oui maître c’est un honneur. Bon ok alors mais tu me dis stop . Bref, on se dit que pour le Sud, c’est un type bien, bien au-dessus de la moyenne… On sent tout de même que notre gars a un bon vieux fond de perversité encore collé au fond de son âme, quand on voit la passion qu’il met à encourager le « grand champion noir » de leur domaine face à d’autres champions. Il a forcément un petit pincement quand l’autre risque de se faire prendre une branlée ; mais il exulte tellement quand il gagne qu’il oublie rapidement la tronche affreusement tuméfiée de ce colosse black sacrifié sur l’autel de la connerie. Moins brut que ses pairs mais pas un ange non plus en un mot…

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Même s’il craque pour les jeunes femmes black du domaine, il va bien falloir qu’il se marie avec une blanche pour avoir un héritier - le gars Mason ne rigole pas vraiment de ce point de vue-là. Le fils va se plier en épousant une blondasse fadasse, fille d’une de leurs connaissances. Elle pourrait faire l’affaire seulement voilà, un truc ronge dès le départ le fils : elle n’est pas vierge (ouais à 13 ans il y eu écart). Du coup, il va définitivement passer plus de temps avec sa maîtresse black qu’avec sa femme légitime (souvent pompette). Cette dernière ronge sa jalousie et décide, par pure vengeance, de se taper le grand champion black en l’absence de son mari. Ça sent le drame, ouais, de loin…

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Les personnages ont tous du relief, même les seconds rôles comme ce Cicero que l’on croise de temps en temps (les esclaves ont des noms romains qui frôlent souvent l’absurde ; la mama  qui s’appelle Lucrèce Borgia notamment) et qui va faire parler la poudre.  Les scènes clés sont particulièrement saisissante et prenante : la chasse à l’homme de ce Cicéro, le combat final du colosse Mede contre ce monstre surnommé Topaz (c’est ce qu’on appelle dans les cours de récré un combat à mort), la scène osée de la blanche dénudant l’ami Mede qui ne pipe pas un mot, la séquence où le gars Mason pique une colère et insiste lourdement pour que son fils engrosse sa jeune épouse (suffit les conneries maintenant, je ferme la porte de la chambre à clé d’ailleurs), le final dans un bain de sang (et d’eau bouillante). On est vraiment au cœur de l’action et l’on croit à cette atmosphère où tout le monde n’est pas… complétement blanc ou noir - les black prêts à faire des compromis pour avoir la vie facile, les blancs qui tentent parfois de faire montrent un peu d’empathie (pas longtemps, certes…). Bref, laissez le McQueen dans son cellophane tout propret et tentez l’aventure Fleischer beaucoup plus inspirée et incarnée.

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