6645Il est toujours bon de s'imbiber du Rhum de Cendrars. Il s'agit ici pour le Blaise de rendre un vibrant hommage à l'aventurier Galmot, un aventurier qui a eu maille à partir avec de nombreux individus venus du monde politico-financier français. Pour l'écrivain, l'aventurier guyanais a été victime d'un véritable lynchage politico-médiatique avant de finir, en ces terres lointaines qu'il aimait et défendait tant, empoisonné. Il s'agit ici de conter par le menu toutes les accusations dont Galmot a été victime, de faire la liste de tous les procès visant à le descendre, à l'abattre, à le ruiner, à l'annihiler... Cendrars sort de ses gonds pour fustiger tous les individus influents qui ont œuvré à cette mise au pilori lâche et facile. On pourrait du coup un peu regretter que le conteur Cendrars ne nous emmène que rarement dans les forêts guyanaises, se contentant le plus souvent de reprendre des extraits de journaux et des témoignages d'époque pour soutenir sa thèse : la France s'est montrée en dessous de tout pour soutenir celui qui fut l'un de ses plus grands "aventuriers humanistes" et l'on ne peut que le déplorer. L’écrivain fait heureusement preuve de saillies de haute volée lorsqu'il s'agit de définir ce maître mot qu'est l'Aventure ("Il était lui, l'homme de l'aventure : et l'aventure n'est pas ce qu'on imagine, un roman. Elle ne s'apprend pas dans un livre. Elle n'est faite ni pour les romantiques attardés ni pour les chiourmes. L'aventure est toujours une chose vécue, et, pour la connaître, il faut avant tout être à la hauteur pour la vivre, vivre, et ne pas avoir peur" - petite dédicace perso en passant à la gâte Marie à laquelle je dois la lecture de cet ouvrage) ou de s'attaquer au monde des banques en constante collusion avec le gouvernement (un siècle plus tard, on pourra ressortir les mêmes commentaires…) : "On se souvient peut-être de la campagne qui fut faite pour que le gouvernement vînt en aide à la Société centrale des Banques de Province et à la Banque industrielle de Chine ? On demandait des centaines de millions sous le prétexte que "c'est l'intérêt de la nation de ne pas laisser succomber des organismes qui assurent l'existence de plusieurs milliers de familles françaises et qui apportent au pays un élément de prospérité (...)"" Et mon cul, bien sûr, est du poulet. S'il peut paraître visionnaire sur les banques, il l'est moins sur les USA (Les USA, "gardiens vigilants des libertés sud-américaines" - ouais, faut voir quand même...). On sent bien de toute façon que Cendrars est totalement dévoué à sa plaidoirie et qu'il ne s'agit pas une seconde de remettre en cause un quelconque agissement négatif de Galmot. Il veut en faire un héros et il y parvient en lui livrant ce bouquin (un peu décousu, certes, avec pas mal de redites) dont le titre reste le plus beau qu'on puisse donner à une biographie (avis personnel, of course...).