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Dans le cadre de la série "Les Français vus par", voici "Le français entendu par" Jean-Luc Godard. On reconnaît d'entrée de jeu le compère : il vous prend un cahier des charges, et vous le déchiquette façon pitbull pour vous rendre une copie aussi sybilline que fulgurante. Pour lui, donc, la France c'est d'abord la langue française, à laquelle il va rendre hommage au cours d'un film intrépide et intello. C'est d'autant plus original que les premiers mots sont dits en allemand ; on est dans les derniers jours de la deuxième guerre, les nazis plient les bannières à croix gammée ; au coeur de la forêt, au bord d'un lac, on va vivre les derniers moments d'un être, qui sera fusillé (le carton de la fin nous apprend qu'il s'agit de Valentin Feldman, philosophe mort à 33 ans). Une mort qui va s'accompagner de bribes de culture littéraire et picturale, sous la forme de citations (Musset, Hugo, Corot...), dont certaines sont géniales : mort de la culture et de l'érudition, on connaît la chanson pour peu qu'on ait un peu vu les films de JLG de ces années-là. Mais finalement, avec ce film, c'est une sorte d'apaisement qui est ressenti : le gars a beau dire sans cesse que la beauté a disparu, il répond à la commande (qu'est-ce que "Les Français") par la plus belle déclaration d'amour aux mots et à la langue. Aux sons de la musique de Bach, les mots claquent, interprétés façon Straub-Huillet par des acteurs distanciés, placés comme des pions dans la nature. Le dernier Mot est en effet plus un film à écouter qu'à regarder, et même si certains symboles demeurent purement visuels (la ménagerie embarquée par les Allemands dans leur fuite), on n'aura pas droit ici aux incursions de tableaux de maître dans le montage. Tout est question d'écoute et de mots.

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L'autre spécificité française, c'est la Résistance, à laquelle le film rend également un bel hommage. On y entend le dernier mot de ce fusillé à ses bourreaux : "Imbéciles, c'est pour vous que je meurs", et rien que dans cette phrase on sent tout le respect de JLG pour son sujet. Le film est en effet marqué d'une belle dignité, dénué de cet humour farcesque que le gars utilise dans les années 80. Peut-être un peu trop : la chose est assez cérébrale, manque un chouille de lâcher-prise. Mais reste un très beau moment secret et sincère, hommage court et suffisant à deux des principales inspirations de Godard : la culture et l'Histoire. Des Français il ne sera presque pas question, Toscan du Plantier (qui produit) en aura pour ses frais. Tant pis : il aura tout de même permis à JLG d'accoucher d'un bien beau court-métrage.

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