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Une suite au Pigeon de Monicelli, c'était forcément casse-gueule, et même si Loy s'en tire avec les honneurs, il est bien sûr loin du modèle. Il reprend la même fine équipe de braqueurs du dimanche (sauf Mastroianni, too bad), appuie un peu plus sur les traits, et nous voilà repartis pour une escapade criminelle grotesque, avec force cris et moult pitoyables échecs. Cette fois-ci, nos gars doivent piquer une valise pleine d'oseille, mais entre les pathétiques crâneries des uns (Vittorio Gassman, survolté) et la fierté nationale des autres (Tiberio Murgia, sobre et assez poilant dans ses poses de mafieux), entre la fringale irréfrénée des uns (Carlo Pisacane, ersatz de Toto) et le goût pour les minettes des autres (Nino Manfredi, en neuneu), rien ne va se passer comme prévu.

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On sourit agréablement devant ces Pieds-Nickelés pathétiques, tous en charge d'une certaine vision de l'âme italienne, et dont chaque nouvel échec apporte son nouveau lot de jubilation. On sent dès le départ la catastrophe que va être ce braquage, et on ne se trompe pas, consterné de les voir à chaque fois prendre la mauvaise décision au mauvais moment. Mais allez savoir pourquoi, le film manque du nerf nécessaire, est souvent assez mal équilibré dans ses rythmes et ses gags. Les meilleurs sont ceux repris directement du film de Monicelli : le petit vieux qui mange tout le temps, les réunions de clan qui virent en pugilat, l'idiotie de ces gars qui se prennent pourtant pour des cadors. Ce que Loy ajoute, notamment ces allusions aux différentes spécificités des régions italiennes (ici Rome contre Milan), échappe un peu au spectateur français. En appuyant un peu plus encore sur la caricature, le gars perd en chemin un peu de finesse, chez Gassman surtout, qui finit pas ne plus être attachant du tout. Bref, tout ça manque un peu de subtilité : Loy n'a pas saisi que même au sein de la grosse farce, il faut de l'humain et de la vérité pour que ça passe. Quand il s'essaye à la chronique sociale (les rapports homme/femme), il ne pond que des ombres de personnages (Claudia Cardinale, sous-employée) ; il y a pourtant une vraie volonté de situer ses personnages dans un contexte de crise précis, crise financière (le chômage) et crise "existentielle" (idée assez marrante et sensible de ce braqueur quitté par sa femme et qui compte sur le fric pour récupérer son môme).

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Le film regorge de plein de petits trésors, reconnaissons-le, à commencer par sa musique (Chet Baker en guest, s'il vous plaît).  Et puis il y a ce fantastique personnage de dinde strip-teaseuse digne d'un Woody Allen, complètement idiote mais aux jambes démesurées. Loy lui octroie une scène de comédie musicale érotissime et surtout la meilleure réplique du film : "Rendez-vous demain à 12h... Oh non, j'oubliais que je dois écrire une lettre... Rendez-vous à 19h". Elle apporte toute la charge sexuelle du film, qui n'aurait été sans elle que masculin, ç'eût été dommage. Loy n'est pas manchot à la réalisation, réussissant par exemple de jolis plans d'ensemble (le dernier), prenant le temps de bien filmer ses décors de petite ville, de repaires miteux ou de rase-campagne, et étant présent dans les scènes de pur burlesque : les gars qui accrochent la valise de biffetons dans un arbre et qui doivent faire semblant de jouer à saute-mouton devant les flics, la soirée de fiançailles entre petits voyous (qui finit par le vol de l'ampoule des toilettes), les réunions de préparation du casse. Il est assez subtil aussi sur de tout petits gags, Gassman qui tente d'imiter le "grand" bandit qui les dirige dans ses gestes, et qui est systématiquement recouvert de pansements, ou les rapports entre Manfredi et son futur beau-frère jaloux, entre autres. On rigole gentiment, quoi, même si on n'est jamais dans la grande grande comédie italienne comme on l'aime. Charmant, toutefois.