Out-of-the-furnace

Brrrr il est colère, Christian Bale : enfermé en prison pour un sot accident de bagnole, il rate l'enterrement de son père et paume sa femme, tout ça pour, à sa sortie, retrouver son frangin embringué dans la spirale des combats à mains nues et menacé par un keupon sans pitié. Quand le brother se fait dézinguer sans préavis, la colère monte jusqu'au brasier du titre, et notre Christian va sortir son fusil à lunette pour aller s'expliquer avec les coupables, pasque bon, faut pas faire chier le Christian. Sur ce scénario original comme tout, Cooper bâtit un film poussif, d'un académisme fatigant, pour déifier les vertus du self-defence et de la milice punitive palliant aux manquements des flics, dans un exercice de manichéisme et de bons sentiments qui se vautre dans le complaisant. C'est simple : le film nous indique par de grosses flèches clignotantes de quel côté on doit se placer. Bale est un ouvrier (bon point) honnête (bon point), qui prend soin de son père (bon point) et de son frère (bon point) et veut avoir un enfant (bon point) avec son amoureuse, qui est noire (bon point) ; tous les autres personnages sont corrompus (Willem Dafoe, en sous-pull orange), lâches (Forest Whitaker en flic laxiste), infidèles (Zoe Saldaña en charge de la partie émotion), tortionnaires (Woody Harrelson, effrayant) ou inconscients (Casey Affleck en petite frappe). Travailler dur, c'est bien, se battre dans la rue, c'est mal. Tellement mal que, quand la marmite déborde, le gentil va se venger sur le méchant, dans un dénouement horriblement douteux, où on nous invite à jubiler avec le héros de la torture qu'il inflige au salaud. Longue séquence de fusillade où Cooper prend clairement le parti de Bale et applaudit à l'agonie de Harrelson, gênant contrepoint à une scène précédente où Bale renonce à tirer sur un daim qu'il avait dans son viseur (Cimino en pleure encore) : tuer l'innocence c'est mal, tuer la méchanceté c'est bien.

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Le tout est écrit et réalisé avec un classicisme qui confine au plagiat. On a déjà vu 40000 fois ce même film (et souvent autrement plus intelligemment filmé), et toutes les étapes d'icelui arrivent dans l'ordre prévu. Quand le "discours" menace de prendre trop de place, quand le personnage principal risque de devenir trop déplaisant à force de lissage, Cooper nous balance son émotion facile. Le reste du temps, il dirige ses acteurs au plus rapide, Bale en ombre mutique et Affleck en surjeu viril. Un petit coup de Springsteen (ou un de ses consorts) pour ancrer le tout dans la bonne conscience ouvrière, une pincée de violence pour plaire à l'ado, et le tour est joué : même s'il n'était pas si ambigu dans son fond, Out of the Furnace serait de toute façon inexistant dans sa forme. Next.