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Quel beau travail d'équipe sur Shangols... L'un évoque Kiyoshi Kurosawa, contrôle la balle (Christian) de la poitrine, ajuste une passe à 10.000 km au sud, une petite déviation de la tête pour que le ballon arrive au pied du second compère qui, lui, mate le dernier Kiyoshi. Et tout cela inconsciemment, notez bien. Du beau boulot. Bon, c'est bien gentil tout cela mais qu'en est-il de ce dernier Kiyoshi justement qui sortira en mars en France (je prends de l'avance cette année) ? Eh bien cela commence plutôt sous de bons auspices avec une idée de départ plutôt maline : Kôichi et Atsumi s'aiment depuis tout petit et pour toujours ; ils sont beaux comme des camions, leur appart est très joli ; seulement voilà, Atsumi se retrouve dans le coma suite à une tentative de suicide qui laisse Kôichi tout pantois. Heureusement, la science qui n'arrête jamais de faire des progrès a mis au point un système qui permet d'entrer dans le conscient de l'être aimé. Kôichi renoue ainsi le contact avec son aimée et tente d'en savoir un peu plus sur le mystère de sa tentative de suicide... Des cadavres qui apparaissent, un appart qui prend l'eau, des zombies philosophes qui errent dans la rue et un dessin introuvable de plésiosaure (oui, c'est de la famille des dinos) qui pourrait bien renfermer la clé de l'énigme...

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Ça part plutôt bien avec cette aura de mystère kurosawanesque, une histoire d'amour qui "dépasse l'entendement" et en bonus une réflexion sur l'art, la création, l'imagination (des mangas au dessin de cette fameuse grosse bête) mêlée à la notion de passé pour ne pas dire de trauma... Kyioshi nous sert, cerise sur le gâteau, un ptit twist au milieu du film, histoire de nous montrer au passage combien cet amour est réciproque... Bien. Seulement voilà, tout cela tourne un peu à vide... Des acteurs très mimis plastiquement mais sans affect (on dirait un peu des mannequins dénués d'expression...), des cadavres un peu grotesques, un scénario très lâche (le plésiosaure qui cache pour ne pas dire qui a englouti un lourd secret, mouais... y'avait pas plus ptit comme monstre ?), un final mi-The Host  mi-Orphée qui frôle la poilade (on a connu Kurosawa plus finaud pour nous faire passer subtilement des émotions - là on est plutôt tendance gros gros sabots) et une morale un peu courte (le passé c'est lourd, putain, parfois ; heureusement l'art peut nous permettre de pallier aux traumas mais ça fait pas tout non plus, hein ; ou encore l'amour est salvateur...). Bref, on est terriblement déçu par cette oeuvre sans grand relief qui se termine, malgré les effets spéciaux gozillesques, de façon affreusement plate. Heureusement qu'il y a quand même quelques ambiances qui marquent des points (ces rues envahies par le brouillard, les escapades sur l'île, cet appart les pieds dans l'eau…) ou un joli contraste au niveau de la photographie (même si les deux héros sont un peu ternes...). Les mystères du scénario ne durent donc guère et nous laissent face à un final par trop démonstratif… Un de chute pour l'ami Kurosawa qu'on aime ici pourtant tant.   (Shang - 24/01/14)

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Hola hola, minute papillon : critiquer un KK à la seule aune de son scénario, ce serait critiquer une forêt noire par la cerise qui la couronne (droits protégés sur cette phrase). C'est un procès un peu court que de s'attaquer à la trame effectivement un peu bêbête de Real, même s'il est vrai que, des dialogues au déroulé de la trame, tout y est amateur. La dernière demi-heure est même, oui, carrément grotesque, même si on peut quand même noter que ça faisait longtemps que Kurosawa n'avait ainsi rendu hommage à ses origines en cinématographie (voir le bouquin sur les films d'horreur qu'il écrivit il y a quelques années) : les créatures sous-marines sont issues d'une vraie tradition asiatique, et c'est finalement assez touchant de voir le maître déclarer sa flamme à la série Z de son pays. De même que les motifs autour de l'écologie et de la modernité qui bouffe la beauté du monde : Koîchi est le fils d'un promoteur immobilier qui a saccagé une sorte d'Eden primaire, de paradis perdu où s'est épanoui l'amour pur, et il va en quelque sorte devoir expier pour la faute de son père. Les dangers de l'urbanisation galopante sont là aussi un des thèmes clés du cinéma japonais post-Nagasaki, et Kurosawa transforme habilement ce sujet en thème romantique autour de l'amour perdu. Sa forêt qui renferme en son sein le petit trésor sentimental offert par une fillette à son amoureux est une bonne idée, peut-être pas assez mise en valeur, mais tout de même. Mais bon, c'est vrai que l'histoire en elle-même, vague ressucée SF très classique qu'on croirait destinée à un film pour ados, laisse perplexe.

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Non, mais trêve de scénario, ça n'a jamais été ce qu'il y a de plus intéressant dans l'oeuvre du maître. Intéressons-nous à la mise en scène, et je pense qu'on sera d'accord pour reconnaître que, encore une fois, c'est une leçon que Kuro nous donne ici. Revenu de tout pour ce qui est de la façon de mettre en scène la peur, il nous livre ici une épure maximum du cinéma d'épouvante. Malgré le manque de moyens (il a mis tout l'argent sur le plésiosaure de la fin), le film est assez génial de ce côté-là. Prenons simplement la scène de la 23ème minute, voulez-vous, où Koîchi recherche dans un casier un dessin réclamé par sa fiancée. Le cadre dégage dans son dos tout un pan de vide, et on s'attend à voir surgir on ne sait quel fantôme de ce coin-là, rompu qu'on est aux effets des films d'horreur. Koïchi se baisse, sort du cadre, et là, ô génie, ô grandeur : KK fait une simple mise au point sur l'arrière-plan. Rien de plus : on voit juste, tout à coup, clairement la porte qui est derrière Koîchi. Il n'y aura pas de fantôme dans cette scène, qui se referme comme elle avait commencé, par un cadre tordu et une perspective faussée sur la rangée de casiers. C'est quelques secondes après, quand la porte d'un ascenseur s'ouvre, qu'apparaîtra un spectre, simplement, sans "effets". Génial : on connaît tellement les recettes des films d'horreur qu'il n'est même plus besoin de faire apparaître des monstres ; il suffit de nous montrer comment on les filmerait.

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Tout le film est rempli de ces éclairs de génie, vagues rideaux qui bougent en arrière-plan, cadres trop fixes sur la nature, regards effrayés plusieurs secondes avant que le cadre se fasse sur le motif de la peur, utilisation fascinante de l'immobilité, du silence pour amener l'angoisse. Comme toute cette histoire repose sur le rêve, l'halucination, la rémanence de spectres qui apparaissent dans les expériences sensorielles du héros, le film déploie ainsi tout un système de "violence tranquille", à l'image de ces spectres sans danger, au regard effroyablement fixe, au visage figé, qui apparaissent souvent dans le flou. C'est sublime. Ajoutez à cela cette façon unique de filmer les lieux vides, décharnés, vaporeux, envahis par la brume, ces escaliers, ces rues, ces immeubles banals d'autant plus étranges qu'ils sont envisagés comme des labyrinthes fantasmatiques ; liez le tout avec ces cadres parfaits, qui disposent les corps dans l'espace avec une rigueur mathématique ; une pointe de montage intrigant, qui coupe strictement là où on ne l'attend pas, gérant avec un équilibre remarquable ce qu'on voit et ce qui nous est caché ; et vous obtenez une école de mise en scène. Quand on voit ça, peu importe que le film soit pauvre dans sa narration, ou même ridicule quand il essaye de tout expliquer : on se prosterne aux pieds de la réalisation fabuleuse de la chose, en notant qu'une nouvelle fois, KK révolutionne le genre usé jusqu'à l'os du film d'horreur. Revois la 23ème minute, camarade, et je te suggère aussi de revoir les 22 précédentes et les 80 suivantes pour réviser ton jugement expéditif.   (Gols - 27/01/14)

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