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Eric Rohmer n'est pas mort. Ah si, deux fois même. Un film fin seventies début eighties qui voit (enfin) le jour en 2013 en célébrant de façon truculente et poétique (les deux ne sont pas incompatibles) la bonne vieille cinéfranchouillardise française, ce n'est tout de même pas commun. Reconnaissons que cet objet filmique guère identifiable est définitivement foutraque, s'amusant à partir comme un feu d'artifices (lisez le titre bon sang) dans tous les sens, pétaradant dans tous les coins comme vingt-cinq bouteilles de champ' qui partiraient en même temps abîmer le beau plafond fraîchement repeint du salon de grand-maman, jouant avec des flashs-back ringardissimes à l'époque des flashs mob, s'auto-dérisionnant constamment sur un air de trompinette ou de bon vieux jazz couillu. Peretjatko ne fait pas toujours dans la dentelle mais fait péter un vrai vent de jeunesse salutaire sur ce pauvre vieux cinéma de qualité française qui n'en finira jamais de sentir le sapin. L'histoire ? Vous vous moquez de moi, j'espère ? Juste une virée en bagnole au bord de la mer quelques jours avant la rentrée du mois d'août (sic, c'est la crise messieurs-dames) doublée d'une quête amoureuse écrite par un scénariste d'AB production sous tranxene. Les couleurs sont tellement vives et pétaradantes qu'on se croirait dans un film de Godard vintage (non bordel je ne citerai point Max Pécas, qu'on se le tienne pour dit), les fusillades tellement chiadés et spontanées qu'on se croirait dans un film de Johnny To, les jupes tellement courtes qu'on se croirait dans un fantasme d'ado, les torses mâles tellement exposés sous le soleil qu'on se croirait dans le dernier film de Guiraudie (faisons preuve d'imagination, un peu), les gags souvent tellement couillons qu'on se marre de s'entendre ricaner. Un film où un type conduit la bagnole avec les dents et où on peut déguster de la soupe de cheval (j'en hennis encore) dans les assiettes en porcelaine du bahut de grand-mère vaut forcément le détour et il serait bien dommage de passer à côté de cette petite bulle de fraîcheur en ces temps où la déconne a la gueule de Valls (Shangols n'est point politique - ou un brin -, c'est seulement le premier nom qui me vient à l'esprit en cherchant une image de cul-pincé et de sourire mort). La Fille du 14 Juillet c'est aussi l'occase de faire plus ample connaissance avec une certaine Vimala Pons (je pensais connaître la seule fille avec ce prénom mais baste...), Marie-Lorna Vaconsin, la vrai-fausse petite fille de Valérie Mairesse (sortez les mouchoirs...) ou encore Serge Trinquecoste, genre de Jean Roucas en drôle. Faîtes péter la Marseillaise à bon escient en célébrant ce petit film français gouleyant comme un beaujolais nouveau qui n'aurait pour une fois aucun arrière-goût de fruits tropicaux rances.   (Shang - 09/01/14)

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Vrai bonheur, effectivement, sur lequel mon compère a su plaquer les bons mots. Franchement il y a peu de gags qui ne m'ont pas fait bêtement ricaner dans ce film gentiment libertaire qui rappelle de grands souvenirs, ceux d'un Pierre Richard autant que d'un Godard ou d'un Jacques Rozier. Sous ses dehors de récréation sans ambition, ce film retrouve complètement l'esprit post-soixante-huitard accompagné jadis par la Nouvelle Vague, renouant avec quelques motifs immédiatement reconnaissables : l'adresse à la caméra, le tournage en "reportage" à l'extérieur (les premiers plans, filmés sur les Champs lors d'une vraie fête Nationale), l'apparition de la grande Culture au milieu de la petite (ici, le fabuleux lied de Schubert qui vient doper les confessions intimes des personnages), le mélange de grand n'importe quoi gaguesque et de la critique du système. On imagine bien notre JLG produire une telle chose dans les années 60 ; et pourtant, malgré sa patine vintage, le film est bien d'aujourd'hui, on sent que la mélancolie d'un Eustache a eu lieu depuis. Enregistrant avec le sourire la crise actuelle, prenant note de l'émancipation féminine, ne niant pas la dépression latente qui marque nos années, Peretjatko, sans jamais s'alourdir dessus, en restant toujours du côté de la lumière et de la légèreté, réalise le portrait d'une jeunesse contemporaine, plus amère, plus déprimée, où les mondes du travail, de la séduction ou des rapports de sexes ont changé. Tout en restant un hommage (techniquement parfait) aux "nanars" de notre jeunesse, La Fille du 14 Juillet pourrait bien être plus profond et tourmenté qu'il n'y paraît, et on est surpris par la mélancolie qui apparaît sans ambage au coin de certains plans. Ca reste de toute façon un amusement jubilatoire, un jeu de massacre anti-bourgeois d'une frontalité attachante, joliment interprété et photographié, et on aime ce premier degré fripon. Très attachant.   (Gols - 27/01/14)

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