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Pour cette fois je vais hurler avec les loups en clamant haut et fort que Gravity est une pure merveille. Tout ce qu'on a pu dire et lire sur ce film est vrai : Cuaròn réalise un film prodigieux, aussi spectaculaire que bouleversant, aussi profond que simple, et marche quelques centimètres seulement derrière Kubrick, drapant son drame hyper-intimiste sous des dehors d'odyssée spatiale purement visuelle. Même sens de l'abstraction, même vision amplissime de l'univers, même goût pour l'expérimentation sonore, même profondeur au final : 2001 a fait un petit, et m'en voilà tout chamboulé.

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Au départ, ce n'est que le spectacle qui bluffe. Surtout lors de cette première séquence proprement extraordinaire, un seul plan-séquence qui relie l'infiniment petit (le visage des acteurs, leurs voix qui chuchotent) à l'infiniment grand (l'espace). Dans un élan visuel qu'on ne peut qualifier d'entrée de jeu que de métaphysique, le cinéma semble libéré de toute grammaire, le gros plan, la profondeur de champ, le travelling, le changement de focales, la perspective devenant des figures de style qui se fondent les unes dans les autres en un seul mouvement. On reste bouche bée devant la virtuosité de la mise en scène qui abolit toute notion de montage tout en découpant très exactement chaque image, la 3D accentuant encore le vertige. Le plus extraordinaire, c'est qu'à travers cette complexité formelle, Cuaròn ne nous fait jamais perdre les relations entre les deux personnages : le dialogue se déroule, comme en parallèle, très audible malgré la distance, montée presque en-dehors de ce qu'on voit (ça m'a rappelé un moment The Conversation de Coppola, cette façon d'être extérieur et au plus près en même temps par le son). Bref, on est scié d'entrée de jeu, avant même que la pure aventure ne commence.

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Quand elle arrive, on commence à percevoir le projet du film : décrire les relations humaines d'une femme par rapport aux autres, en l'occurence par rapport au père, à l'amant, et surtout à la fille qu'elle a perdue. En charge de toutes les figures masculines, l'icône Clooney, subtilement sobre et en retrait, qui va endosser tour à tour, au gré des évènements qui assaillent nos héros, le père auquel on confie sa vie, l'amant qui nous quitte, le héros référent, le complice, le collègue, etc. Les relations entre les deux, au cours de ces premières 40 minutes éblouissantes vont se dessiner avec puissance dans l'espace vide, tout se résolvant grâce à des figures géométriques : lignes droites tracées dans le vide, cercles parfaits, chaos des quadrilatères qui explosent. Des figures simples qui accrochent le film à son socle scientifique (après tout, on est en pleine mission spatiale), mais surtout qui permettent de parler avec une force exceptionnelle des rapports de Ryan avec les hommes, de sa perte de repères, de sa dépression. Admirable de voir comment Cuaròn arrive à rendre lisibles chaque action, chaque évènement, tout en parlant de choses aussi profondes que l'abandon, l'apprentissage de la vie ou l'amour perdu. C'est déjà bouleversant, cette partie culminant avec cette image de Sandra Bullock retrouvant son état de foetus au sein de la matrice réconfortante du vaisseau, privée d'hommes, abandonnée totalement à sa solitude.

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C'est bien de cela qu'il va s'agir ensuite : comment Ryan va-t-elle se relever de sa dépression, accepter la mort de sa fille et revenir sur terre. Il n'est presque plus question, après cette première moitié, d'aventures dans l'espace. Il est question de résoudre un chaos interne, le film devenant réellement, comme l'a fait Kubrick, un voyage à l'intérieur de soi-même, une lutte contre la maladie. Le son, toujours aussi "subjectif" (des basses étouffées, des coups sourds) rend parfaitement cette volonté d'enfermement en soi, tout comme la scène où Clooney refait une apparition magique : l'aventure de Ryan dans l'espace est une aventure contre elle-même, une dernière tentative de renaissance (qui ira jusqu'à une noyade). La caméra, jouant sans arrêt sur le subjectif et l'objectif, entrant dans le casque de Ryan ou nous la montrant de loin, ajoute à cet aspect intérieur/extérieur du film : on est complètement avec le personnage, enfermé dans sa tête, et en même temps on la regarde souffrir et se débattre contre ses démons. Ryan va donc aller de résurrections (s'accrocher à un vaisseau, accepter de couper des liens pour en créer d'autres) en abandons (se laisser aller à la mort), dans un combat que Cuaròn habille sous un vernis de pur divertissement américain. Peu à peu, l'émotion vous choppe, et on oublie presque l'ambition extraordinaire de la forme (un film avec deux acteurs, dans l'espace, en plans séquences) pour se laisser aller à la belle émotion de ce film sur la dépression et la lutte. Le film de l'année ? Bien sûr, et de toutes celles qui ont précédé, à mon avis. (Gols 29/12/13)


Je ne sais pas avec qui j'aurais envie d'hurler, peut-être avec Sandra Bullock qui fait magnifiquement le wouf-wouf (ouais dans les blockbuster, je suis toujours touché par les "ptites faiblesses", que voulez-vous), surement avec l'ami Gols pour lui donner ma force à pleins poumons (non point par rapport à ce film mais pour tout ce qui concerne la vie sur terre) mais pour ma part je n'ai pas vraiment marché (sur la lune) vis-à-vis de cette oeuvre déjà-rangée-au-rang-de-chef-d'oeuvre. Si la séquence d'ouverture est relativement magique, visuellement, je n'ai pu m'empêcher, à l'image de George Clooney dans la dite-scène, d'avoir l'impression tout du long de méchamment tourner en rond... Ohhh, j'ai "ben compris" comme on dit chez nous, que ce vide interstellaire convenait parfaitement à la Sandra en phase de reconstruction, de renaissance, de remontage... et divers trucs en re. N'empêche, l'histoire dans son déroulé, tout comme la scène finale reptilo-apollonienne (... po mieux), m'a semblé bien creuse. Entre deux crac-boum-hue, Cuaròn (merci Gòls pour ce magnifique o) tente de faire dans l'intimiste (oh la chtite larme de la Sandra, tout un petit monde (circulaire) de malheur perdu dans le cosmos) mais sort à chaque fois l'artillerie lourde (ce pauvre fantôme d'un Clowney cloné venu de l'espace qui vient "giver du courage" aux tréfonds de l'âme de la Bulldog, nan mais franchement...). J'ai souvent trouvé le "spectacle" un rien pathétique (Sandra face à tous ces boutons dans la cabine qui parvient malgré tout à s'en sortir, ouais aussi crédible que Nabilla dans un film des Straub (Sandra Bullock, hein, quand même), le coup de la raquette de ping-pong volant dans la capsule chinoise (putain et la table, elle est où la table bordel ?) finissant par m'achever (genre les cinq trucs qu'un Chinois amène automatiquement dans une navette : une raquette, bien sûr, des baguettes en os de corne de rhinocéros, un ptit livre rouge, un gros portefeuille plein de fric (utile), un chapeau pointu oh oh...). Bref Gravity ne m'a pas vraiment mis en orbite même si j'apprécie comme il se doit l'analyse béate et fouillée de mon cher compère... On le reverra ensemble ce film, je te le dis moi ! (Shang 07/01/14

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