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Denis Villeneuve sait trousser des ambiances speedantes et signe avec Prisoners un thriller qui fait plus d'une fois sursauter (ou, pire, qui nous pousse à nous accrocher à notre siège de peur de sursauter - au final, on a plus souvent lacéré le fauteuil qu'écouté les emballements de son coeur mais ce sont bien sûr les intentions qui comptent) : lumière grisâtre, pluie diluvienne, fond sonore bourdonnant qui fout les boules, l'auteur canadien y va souvent avec de gros sabots pour te planter une atmosphère flippante - et souvent ça marche. Au rayon des bonnes surprises, notons également les performances de Hugh Jackman en père ultra flippé (il se transforme en Jack Bauer des familles, prêt à tout (la torture, la torture ou la torture) pour faire lâcher une info à un type qui a pu (...) être témoin de l'enlèvement de sa fille ; vue la foi que la gars Hugh met dans son rôle, gageons qu'il a dû perdre au moins 10 kilos au cours du tournage et devenir alcoolique) et de notre ami Jake Gillenhaal en flic suspicieux et pointilleux (notre gars a l'habitude de faire dans l'efficace mais avouons qu'il s'emmêle quand même pas mal les pinceaux pour résoudre ce kidnapping - ce qui finit par l'énerver). Villeneuve parsème son scénar de deux trois individus louches (un gros bébé con comme un biberon, un type au visage taillé à la serpe qui rôde comme une fouine, un prêtre qui ne cache pas que de jeunes communiantes dans sa cave...) en guise d'appât, histoire de plonger le spectateur dans la suspicion permanente - et ça fonctionne relativement bien à ce niveau-là.

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Dommage - l'antithèse - que le film soit terriblement long (on coupe trente minutes, on parvient haut la main à raconter autant de choses... mais bon quand on est prisonniers, le temps...) et qu'on ait bien du mal à vraiment savoir ce que Villeneuve tente de vouloir nous prouver (ou disons plus simplement que son "discours de fond" ne mène pas bien loin...) ; il est souvent question de prières et de regards tournés vers le ciel mais ce que Villeneuve tente apparemment de vouloir nous montrer, à travers le personnage de Hugh Jackman en particulier, c'est qu'on peut facilement se transformer en tortionnaire, en agent du Mal(in) lorsqu'on est à l'agonie, au fond du trou (tu touches un cheveu de ma fille, je t'arrache tous les poils du torse avec une batteuse - allons sachons raison garder mes frères). Oui, lorsque la fibre affective est affectée, l'homme est capable du pire... au risque de tomber toujours plus bas, de creuser sa propre tombe... morale. L'autre grande leçon du film de Villeneuve (et il devrait franchement en filer un avec chaque ticket acheté), c'est qu'il est bon de garder en permanence avec soi un sifflet - rouge de préférence. Vu le monde dans lequel on vit (il y a quand même des dingues dans ce monde ! - et pas seulement aux Etats-Unis, même parmi les arrières de l'équipe de France de foot), on est définitivement jamais assez prudent - c'est le côté alarmiste du film un brin putassier qui devrait faire recette... Bref au final un thriller qui a ses moments de bravoure (reconnaissons-le, incendiaire Denis) mais qui ne va guère creuser (ohoh) bien loin au niveau de sa gentillette "philosophie" - un grand mot pour finir, ça marque toujours des points.   (Shang - 16/11/13)

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Tout est dit : je ne suis ni plus ni moins passionné que mon gars Shang face à ce film efficace mais creux, sympathique mais trop long, intéressant mais mal construit, et au final légèrement discutable dans ses intentions. Il manque à Villeneuve d'être un Michael Mann, quoi, ou un Fincher, pour vraiment parvenir à nous intéresser. le classicisme de ses collègues s'accompagne toujours d'une intéressante réflexion sur la modernité, entre autres, et c'est ce qui fait défaut au gusse. Là, c'est du polar, sec et creux, bon. On peut s'en contenter, mais on peut aussi demander plus. D'autant que, comme le dit mon camarade, le film n'est pas dénué de défauts aussi dans son aspect purement polardeux : c'est mille fois trop long, un peu attendu, pas vraiment palpitant (j'ai eu du mal à m'emballer et à lacérer mon fauteuil, de mon côté). Le grand talent de Villeneuve, outre les ambiances crasseuses et glauques que Shang a mentionnées, ce sont les personnages : son flic loser est toujours à côté de la plaque, toujours maladroit, toujours en retard d'un train, et c'est assez drôle et crédible finalement, surtout porté par un Gyllenhaal en plein exercice d'auto-ironie. Quant à Jackman, méconnaissable, il est effectivement parfait en père tranquille en pleine crise de virilité, et qui compense par la torture aveugle (une critique de l'Amérique ?). Bon, à part ça, et même si c'est pas désagréable, rien à signaler...   (Gols - 19/12/13)

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